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ÉVÉNEMENTS EN SICILE

fois tenté de secouer le joug depuis la révolte populaire de Mazaniello; mais les retards qu'avaient éprouvés les secours d'armes et d'argent promis par la France avaient empêché la séparation de ces États d'avec la monarchie espagnole. La situation lointaine de Naples, l'esprit léger de ses habitants n'avaient pas permis de seconder efficacement leurs tentatives de séparation ; les Napolitains étaient donc rentrés sous la domination espagnole , mais en peuple plutôt vaincu par la force que soumis volontairement à un gouvernement national.

En 1664 un mouvement populaire avait éclaté contre les Espagnols à Messine. Comme à Naples sous Mazaniello, la cause de ce soulèvement avait été le poids intolérable des exactions et des taxes. Le gouverneur, qui opprimait le pays au nom del'Espagne^ eut beaucoup de peine à soustraire sa vie aux fureurs de la multitude. Bientôt l'insurrection se développa. Le territoire de la Sicile était partagé en grandes propriétés féodales qui obéissaient à des familles souveraines dans chaque district , Palerme, Céfalu, Trapani, Girgenti, Syracuse ; ces familles se disaient l'expression du vieux patriciat romain, mais la plupart de leurs noms indiquaient une origine normande ou grecque du Bas-Empire. Messine, assiégée par les troupes espagnoles , envoya demander des secours à Louis XÏV. Six vaisseaux de guerre et bon nombre de vaisseaux de transport chargés de vivres, sous les ordres du chevalier Alphonse de Vallebelle, se portèrent sans retard dans les mers de Sicile pour se mettre en communication avec les Messinois. k son tour la flotte

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d'Espagne vint se placer à l'entrée du phare de Messine, de sorte que Français et Siciliens furent bientôt réduits à la dernière extrémité. Ce fut dans ces circonstances que le duc de Vivonne reçut du conseil de Versailles la commission de vice-roi de Sicile, avec pleine et entière autorité, comme le roi lui-même l'aurait exercée dans ses conquêtes. Le sénat et le peuple de Messine consentirent, non sans inquiétude, à l'admettre dans leurs murailles et à reconnaître son autorité. Le duc de Vivonne appar tenait à la famille des Mortemart ; frère de madame de Montespan, comme toute cette race il était fier, hautain, plein de loyauté et de courage, avec ce laisser-aller, cet abandon de plaisir et ce mépris profond pour tout ce qui n'était pas la cour. Leduc de Vivonne partit sur une grande escadre que commandait Duquesne ; il inaugura son commandement par un succès décisif contre la flotte espagnole qui bloquait Messine. Duquesne et le maréchal de Vivonne soumirent successivement toutes les côtes, qui arborèrent le pavillon du roi.

La nomination du maréchal de Vivonne comme vice-roi de Sicile avait indiqué que le but secret de Louis XIV était moins de fournir un secours que de s'assurer la possession définitive de l'île. Le roi ne craignait pas d'ailleurs de justifier ces craintes en revendiquant pour la couronne de France, sur la Sicile, les anciens droits, depuis longtemps prescrits, qui avaient appartenu à Charles d'Anjou, frère de Louis IX et le meurtrier juridique de Conradin. Il n'eu fallait pas davantage pour rendre haïssable aux Siciliens le joug de la France. L'indépendance qu'on leur avait

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promise était donc un vain leurre qu'on leur jetait pour les dominer plus facilement. Le caractère léger et moqueur des Français ne respectait pas assez la foi domestique. Moins imprudent que Vivonne , et peu soucieux d'ailleurs de fournir à l'Europe un nouveau prétexte de le combattre, Louis XIV essaya de rassurer les esprits. Il fit publier un manifeste par lequel il annonça aux habitants de Messine et aux autres peuples que la couronne de Sicile ne resterait point unie à la couronne de Frauce, mais que S. M. T. G. donnerait à l'île , pour régner sur le pays et fonder une dynastie nouvelle, un prince issu de la maison de Bourbon ( 1 1 octobre 1675). Cette déclaration solennelle fit espérer aux Siciliens que leur indépendance nationale serait respectée, mais elle ne rendit pas Vivonne plu6 circonspect et ne mit pas un terme aux désordres des gentilshommes de son entourage.

En France, le pouvoir absolu de Louis XIV rencontrait des difficultés dont les historiographes de cour et les poètes dédaignaient de faire mention. On en retrouve la trace dans les dépèches des intendants, dans les fastes judiciaires, dans les Mémoires intimes. Un immense développement imprimé à la guerre, aux travaux publics, aux fêtes de cour, à la représentation royale, se traduisait, en dépit des efforts de Colbert, en augmentation d'impôts, en surcroit de tailles, et les provinces supportaient difficilement ce lourd fardeau d'oppression fiscale et de taxes sans cesse renouvelées sous des dénominations différentes. À Paris même on éclatait en murmures, et tout en payant on maudissait le ministre habile , mais sévère, à qui

chacun renvoyait la responsabilité des souffrances du peuple. A la faveur de ces dispositions, des soulèvements éclataient dans les provinces , des conspirations appelaient à elles les mécontents de toute classe, et le gouvernement, encore ému des dangereuses agitations de la Fronde , sévissait sans miséricorde contre les rebelles afin de décourager dès le principe quiconque oserait songer à la résistance. On se ferait une très-fausse idée du règne de Louis XIV si Ton oubliait de tenir compte des agitations et des révoltes au moyen desquelles une partie de la population protestait contre la docile soumission du reste de la France.

Les étrangers favorisaient de tous leurs efforts les espérances des mécontents. L'amiral Tromp , à la téte d'une flotte hollandaise , avait essayé ( 1674) d'opérer un débarquement sur les côtes de France , et s'était mis en devoir de pratiquer des intelligences en Normandie, en Bretagne, en Poitou. L'un des émissaires qu'il acheta à prix d'or fut le chevalier de Rohan- Guémené , homme perdu de dettes , et qui , à une époque encore récente, s'était fait remarquer à la cour par sa prodigalité et son faste seigneurial. Il avait pris l'engagement de livrer Quillebeuf ou Hon fleur à la flotte ennemie; en même temps les Espagnols devaient débarquer en Bretagne , s'emparer de l'embouchure de la Loire , et prêter la main aux factieux de Bordeaux et de Guienne. Ces projets furent révélés au roi soit par Charles II , roi d'Angleterre , soit par les agents diplomatiques accrédités au dehors, et qui , par les soins de Louis XIV, disposaient de polices assez

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