‹ Histoire de FranceChapitre 128 sur 192 · RÉPRESSION DES TROUBLES · texte numérisé non relu

RÉPRESSION DES TROUBLES

aux mauvaises dispositions du Parlement et proposait de le transférer à Dinan. Trois jours après, en rendant compte à Colbert d'une nouvelle émeute qui venait d'avoir lieu à Rennes, le duc de Chaulnes ajoutait dans un post-script um en chiffres : « Ce qui est très-vray est que le Parlement conduit toute cette révolte ; le calme est à l'extérieur estably, mais l'on conseille au peuple de ne pas quitter les armes tout à fait, qu'il faut qu'il vienne au Parlement pour demander la révocation des édits, et particulièrement du papier timbré, et, depuis les procureurs jusques aux présidents à mortier, le plus grand nombre va à combattre l'autorité du roy. C'est la pure vérité, et il ne faut pas estre icy fort éclairé pour la connoistre. » M. de Chaulnes informa Colbert que l'agitation était grande dans l'évêché de Cornouailles, même contre les curés, que les paysans accusaient de trahison, et que d'ailleurs la misère était telle qu'on devait tout craindre de leur rage et de leur brutalité. Une lettre du 3o juin portait que dans l'évêché de Quimper les paysans s'attroupaient tous les jours, et que leur rage s'était maintenant tournée contre les gentilshommes dont ils avaient reçu de mauvais traitements, « les ayant blessés, pillé leurs maisons et même brûlé quelques-unes (i). »

Le duc de Chaulnes ne disposait pour le moment que d'un petit nombre de troupes ; l'insurrection de la Bretagne fut apaisée moitié par la force, moitié par le retrait des gabelles et la promesse d'une amnistie. Bientôt après, des renforts de gens de guerre

(i)M. Pierre Clément , Surintendants, etc., colbprt.

furent envoyés, et alors commença une répression sanglante. On arrêta un grand nombre de paysans, on les pendit au hasard, et les lettres de madame de Sévigné, tant de fois citées, attestent la rigueur odieuse de ces châtiments.

« Cette province a grand tort, dit Mme de Sévigné , mais elle est rudement punie, et au point de ne se remettre jamais. 11 y a présentement cinq mille hommes à Rennes, car il en est venu encore de Nantes. On a fait une taxe décent mille écus sur le bourgeois, et, si on ne trouve pas cette somme dans vingt-quatre heures, elle sera doublée et exigible par les soldats. On a chassé et banni toute une grande rue , et défendu d'en recueillir les habitants, sous peine de la vie, de sorte qu'on voyoit tous ces misérables, femmes accouchées, vieillards, enfants, errer en pleurs au sortir de cette ville, sans savoir où aller, sans avoir de nourriture ni de quoi se coucher. Avant-hier on roua un violon qui avoit commencé la danse et la pillerie du papier timbré; il a été écartelé après sa mort, et ses quatre quartiers exposés aux quatre coins de la ville (i).... Si vous voyiez l'horreur, la détestation , la haine qu'on a ici pour le gouverneur, vous sentiriez bien plus que vous ne faites la douceur d'être aimés et honorés partout. Quels affronts! quelles injures! Quelles menaces! quels reproches! avec de bonnes pierres qui volaient autour d'eux (a). Il fut hier roué vif un homme à Reunes (c'est le dixième), qui confessa d'avoir eu dessein de tuer ce gouverneur; pour celui-là ,

(i) Lettre du 3o octobre, p. i36.

(a) Lettre du 6 uoveinbre, p. 244.

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