ÉVÉNEMENTS AU DEHORS
il méritoit bien la mort. » On voulait, en exilant le Parlement, le faire consentir, pour se racheter, à ce qu'on bâtit une citadelle à Rennes. » Cette noble compagnie voulut obéir fièrement et partit plus vite qu'on ne vouloit, car tout se tourneroiten négociations ; mais on aime mieux les maux que les remèdes (i). » « M. de Harlay demanda trois millions aux états, chose qui ne s'est jamais donnée; ils promirent d'abord, comme des insensés, de les donner, et en même temps M. de Chaulnes proposa de faire une députation au roi pour l'assurer delà fidélité de la province etde l'obligation qu'elle lui avoit d'avoir bien voulu envoyer des troupes pour la remettre en paix, et que sa noblesse n'a eu aucune part aux désordres qui sont arrivés. M. de Saint-Malo se botta aussitôt pour le clergé ; Tonguedec vouloit aller pour la noblesse ; mais M. deRohan, président des états, a voulu aller, et un autre pour le tiers (2). »
Ces passages renferment une teinte d'ironie qui a paru déplacée en une matière aussi grave ; il eût été plus juste d'y trouver un blâme indirect de la cruauté des juges et de la dureté du pouvoir. Madame de Sévigné avait appartenu à la Fronde et conservait toujours , au fond de l'âme , un levain d'opposition et d'indépendance.
Tandis que ces agitations se produisaient dans le royaume, quelques événements influaient, au dehors, sur l'avenir de plusieurs États.
, En Pologne, depuis un an, le grand - maréchal
(1) Lettre du i3 novembre, p. a6o.
(2) Lettre du 17 octobre, p. *65.
Jean Sobieski, après avoir vaincu l'armée ottomane à Choczini, sur la rive droite du Dniester, venait d'obtenir de sa patrie par lui délivrée une juste et glorieuse récompense : la diète de Pologne réunie à Vola l'avait proclamé roi a la place de Michel Wieçnowiecki dont la vie honteuse s'était récemment terminée. Dix-sept concurrents avaient sollicité les suffrages de la nation polonaise, mais Louis XIV avait mis l'influence de la France au service de Sobieski et fait échouer les prétentions des autres princes, au nombre desquels s'étaient rangés les chefs des maisons de Condé et de Lorraine. La femme du nouveau roi était française.
En Lorraine , au moment même où les Impériaux étaient rejetés au delà du Rhin , le duc Charles IV s'était éteint à l'âge de soixante-douze ans. Son neveu Charles V, qui avait épousé Éléonore d'Autriche, reine douairière de Pologne , succéda à la souveraineté errante du vieux duc, tant de fois dépossédé par la France et si souvent rallié à nos ennemis. Charles V mit au service de l'Allemagne un dévouement plus grand encore et surtout de plus grands talents militaires.
En Espagne, la régente Marie-Anne d'Autriche était ouvertement brouillée avec don Juan d'Autriche, fils naturel de son mari, qui jouissait dans le royaume de quelque popularité. L'un et l'autre se disputaient l'influence politique et cherchaient à capter la confiance du jeune roi Charles II, toujours débile de corps et d'esprit , mais .qui voyait s'approcher l'heure de sa majorité. Vers le milieu de