SUITE DE LA GUERRE
Ruyter, comme la France avait pleuré Turenne. Sa douleur trouva de l'écho dans tous les cœurs. Il est impossible, dit Louis XIV en apprenant cet événement, de ne pas déplorer la mort d an grand homme.
Les états généraux ne tardèrent pas à porter un autre deuil. Duquesne ayant rencontré, le 2 juin, près de Palerme, la flotte hispano- hollandaise, n'hésita point à l'attaquer et ne tarda pas à la vaincre. La victoire fut plus complète encore que la dernière, car Ruyter n'était plus pour la disputer. Douze vaisseaux , neuf galères , sept mille hommes , sept cents pièces de canon furent le prix de ce beau succès. A la fin de Tannée précédente Louis XIV pouvait se croire maître de la Méditerranée; maintenant il n'avait plus de rival sur l'Océan (1).
Au nord, et sur les frontières delà France, les événements militaires n'amenèrent aucun résultat décisif; Louis XIV se chargea de conduire la guerre en Flandre; sous ses ordres servaient Monsieur et les maréchaux d'Humières, de Schomberg, de La Feuillade et de Lorges. Le maréchal de Créqui commandait un corps séparé. Une autre armée était placée, en Allemagne , sous les ordres du maréchal de Luxembourg; une autre, commandée par le maréchal de Rochefort, opérait entre la Meuse et la Sambre; enfin une quatrième armée campait dans le Roussillon, sous le maréchal de Navailles, mais on affaiblit cette armée pour faire passer des renforts à Vivonne, en Sicile. Le prince de Condé, usé par les longues fatigues de la vie
(1) M. de Loc Maria, Hist. de Louis XIV,
militaire, ne prit aucune part aux opérations de la campagne. ,
La guerre des sièges, toujours sûre avec un homme tel que Vauhan, était celle qu'affectionnait Louis XIV. A la tête de cinquante mille hommes il prit Coudé et assiégea Bouchain. Il envoya ses lieutenants détruire un grand nombre de châteaux et de citadelles du pays de Liège. Le duc de Neubourg ayant fait alliance avec l'Empire, Louis XIV fit entrer des troupes dans le pays de Juliersqui appartenait à ce prince ; la petite ville deSettard fut assiégée, prise d'assaut, livrée au pillage et démolie. Le prince d'Orange entreprit de secourir Bouchain et se porta avec une armée de quarante mille hommes à la hauteur de Valen-* ciennes.On s'attendait à une attaque; mais Louis XIV, qui n'aimait pas commettre sa gloire au hasard d'une journée, se maintint sur la défensive et ne tarda pas d'ailleurs à se rendre maître de la place assiégée. De son côté, le prince d'Orange assiégea Maëstricht; cette place était défendue par Calvo , Catalan d'origiue. « Messieurs , dit-il aux ingénieurs , je n'entends « rien à la défense d'une ville ; tout ce que je sais, « c'est que je ne veux pas me rendre. » Et il tint parole; après quaraute jours d'efforts et de combats, le prince d'Orange fut obligé de lever le siège, le i5 août, à l'approche du maréchal de Schomberg. La guerre fut moins heureuse sur le Rhin. Charles V, le nouveau duc de Lorraine, se porta sur la droite du fleuve avec soixante mille Impériaux et menaça l'Alsace. Ce prince s'était distingué dans les guerres que l'empereur Léopold, son beau-frère, souteuaitcontre les Turcs. La ville