GUERRE EN ALSACE
de Strasbourg, aujourd'hui si dévouée à la France, ne pouvait alors se résigner à subir l'autorité de Louis XIV ; elle livra passage au duc de Lorraine et la haute Alsace fut un moment envahie. Les Impériaux repasse-* rent le Rhin et assiégèrent l'importante place dePhilipsbourg; tandis qu'ils étaient, retranchés derrière la Lauter, le maréchal de Luxembourg, récemment vainqueur devant Saverne , se porta sur Philipsbourg pour la délivrer; dès qu'il eut reconnu la forte position de l'ennemi, il renonça à faire lever le siège de la ville, mais il manœuvra pour disputer aux armées de l'Empire le territoire de l'Alsace. Philipsbourg, énergiquement défendue par la garnison française, aux ordres de Dufay, tint durant soixante-seize jours, et ne capitula qu'entièrement dépourvue de munitions et de vivres. C'était, pour la France, se voir enlever la clef de l'Allemagne. Luxembourg se hâta de compléter les mesures défensives prises pour couvrir l'Alsace; il mit une garnison dans Montbéliard et ne négligea rien pour protéger la Franche-Comté. Par ses ordres, un corps d'armée prit position sous Brisach ; sa bonne contenance, jointe à la fidélité des habitants de Bâle, qui refusèrent des passages au duc de Lorraine , empêcha ce prince de passer le Rhin et d'exécuter les projets qu'il pouvait avoir sur la Franche- Comté et sur les anciennes possessions de sa famille.
En Amérique, lecomte d'Estrées repritCayenne aux Hollandais, qui depuis six mois s'en étaient rendus maîtres (20 décembre).
Au commencement de celte campagne , la Suède, ayant renouvelé , par un traité signé à Versailles le
a5 avril 1675, l'alliance conclue avec la France, avait pris les armes en faveur de cette puissance et avait tait entrer une armée dans la Marche de Brandebourg. Cette diversion avait forcé l'électeur de voler au secours de son pays menacé. Il défit complètement les Suédois, le 18 juin, près de Fehrbellin. Le roi de Suède , déclaré ennemi de l'Empire, se vit bientôt attaqué dans ses propres États. L'électeur lui enleva successivement toutes ses places en Poméranie ; l'évêque de Munster, réuni aux ducs de Brunswick-Lunebourg, le dépouilla de Bremen et de Verden, et le roi de Danemark s'empara de Wbmar. Mais les Suédois prirent leur revanche Tannée suivante, et défirent les Danois à Lunden, en Scanie, le i4 décembre 1676.
La campagne suivante (1677) fut plus décisive. La France et la Hollande désiraient vivement la paix. Charles Stuart offrait sa médiation, mais les autres puissances engagées dans la lutte ne voulaient point encore poser les armes. L'Espagne réclamait la Franche-Comté et tout ce qu'elle avait perdu à la paix d'Aix-la-Chapelle; l'empereur voulait recouvrer l'Alsace et rendre la Lorraine à son vassal ; les princes allemands convoitaient les provinces qu'il avait fallu céder à la Suède lors du traité de Munster, et quant au prince d'Orange lui-même, bien que ses concitoyens aspirassent à une pacification prompte et honorable, il cherchait par tous les moyens possibles à prolonger une guerre qui favorisait le développement de son autorité. On était donc bien loin de s'entendre, en dépit des négociations suivies à
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Nimègue. Louis XIV, pour hâter la paix, jugea qu'il fallait remporter de nouvelles victoires. Grâce à l'activité infatigable de Louvois, il se trouva, dès le mois de février, en mesure d'ouvrir la campagne, et il vint rejoindre son armée du Nord au moment même où l'Europe le croyait endormi dans les plaisirs et dans les fêtes. Le 4 mars il arriva sous les murs de Valenciennes , déjà assiégée par les maréchaux de Luxembourg et d'Humières. L'enceinte de la place était bien fortifiée et bien défendue. Le roi, après avoir reconnu les ouvrages, résolut de brusquer l'attaque et de les enlever par escalade. Vauban proposa Tassaut en plein jour pour surprendre avec des troupes fraîches une garnison fatiguée par l'attente d'une attaque nocturne. Les maréchaux combattirent cette opinion ; le roi , au contraire, l'adopta : elle lui sembla plus conforme à la qualité et à l'audace de ses soldats. Par ses ordres, le 17 mars, le septième jour après l'ouverture de la tranchée, les mousquetaires, commandés par MM. de Forbin et deJauvelle, ayant formé une colonne d'attaque avec le régiment de Picardie et cent grenadiers, s'élancèrent sur le grand ouvrage à couronne et s'en emparèrent. Les mousquetaires, ayant alors découvert un passage, pénétrèrent jusqu'au retranchement intérieur, s'y logèrent, baissèrent le pont-levis qui joignait cet ouvrage aux autres. Suivis du régiment des gardes, ils poussèrent l'ennemi de retranchement en retranchement sur les deux bras de l'Escaut, et entrèrent pêle-mêle avec lui dans la ville même. Toute résistance étant devenue impossible, la garnison capitula.
Vers le même temps , dans les premiers jours d'avril, le roi se rendit maître de Cambrai.
Monsieur, frère de Louis XIV, à qui le roi donnait rarement occasion de se distinguer, reçut l'ordre de suivre avec vigueur le siège de Saint-Omer. Le prince d'Orange entreprit de faire lever le siège de cette ville ; il fut vaincu à la bataille de Casse!, où Philippe de France donna de grandes preuves de valeur. La conduite de ce prince contrastait avec les habitudes de mollesse qu'on lui avait suggérées. On dit que Louis XIV en fut jaloux, et qu'il évita à l'avenir Vie fournir au duc d'Orléans de nouvelles occasions de signaler son courage et de révéler en lui un petitfils de Henri IV.
Le maréchal de Créqui , à la tête de l'armée du Rhin, manœuvrait sur la Sarre et la Moselle, pour couvrir l'Alsace , la Franche-Comté et la Lorraine , menacées par le prince Charles. Ce dernier et son lieutenant, le duc de Saxe-Eisenach , avaient passé le Rhin sur le pont de Strasbourg, Charles pour gagner les Vosges, le duc de Saxe pour envahir la haute Alsace. Le baron de Monclar, qui commandait un corps de l'armée française, attaqua le duc de Saxe, lui enleva son artillerie, et le contraignit à repasser le Rhin près d'Huningue. Non moins heureux , le duc de Créqui, à la tête de vingt-cinq mille Français, défendit les Vosges, attaquées par le duc de Lorraine, et prit ensuite une forte position entre Metz et Trêves. Renonçant alors à envahir ses anciens États, le duc Charles manœuvra pour opérer sa jonction avec le prince d'Orange. 11 franchit la Moselle et se porta sur