‹ Histoire de FranceChapitre 133 sur 192 · U78J CAMPAGNE DE · texte numérisé non relu

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la Meuse, suivi de près par le maréchal de Créqui, tant qu'enfin, plusieurs fois vaincu en détail , il se vit forcé de repasser le Rhin avec les débris de ses troupes. Le 7 octobre, le maréchal de Créqui gagna sur l'ennemi la bataille de Cokesberg; quelques jours après il se rendit maître de Fribourg, capitale du Brisgau. La prise de cette ville termina la campagne sur les frontières allemandes.

Du côté des Pyrénées, le maréchal de Navailles avait repoussé les Espagnols, pendant que le comte d'Estrées, après avoir livré à l'ennemi, dans les Antilles, un combat naval qui coûta quatorze vaisseaux à la Hollande, s'emparait de Tabago et soumettait l'île entière à l'obéissance du roi.

Du côté de la Suède les chances de la guerre avaient été diverses et partagées ; l'électeur de Brandebourg s'était rendu maître de Stettin après un siège qui honora ses défenseurs et son gouverneur, Vander- Noot, mort sur la brèche. Les Suédois, de leur côté , s'emparèrent d'Helsinborg; mais ils perdirent deux batailles navales contre les Danois, l'une près de Rostock, l'autre aux environs de l'île de Meun. L'événement le plus considérable de la campagne fut la bataille de Landskroon. Les deux rois y commandaient en personne ; à la fois généraux et soldats, ils combattirent dix heures avec une rare intrépidité. Enfin Charles XI l'emporta; Ghristiern lui abandonna le champ de bataille et une grande partie de son artillerie. Vaincus en Norwége , les Suédois prirent leur revanche dans l'île de Rugen, d'où le général Kœnigsmark chassa les alliés; victoire glorieuse

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qui leur permet d'aller ravager le Mecklembourg.

Louis XIV sentait sa puissance affaiblie par les sacrifices qu'imposait la guerre ; il essaya de rattacher à son alliance le jeune prince d'Orange, en lui faisant offrir, par forme d'insinuation , la main de mademoiselle de Blois, sa fille naturelle. Guillaume refusa avec une juste fierté cette proposition inattendue; il répondit qu'une fille légitime de Louis XIV ne serait pas trop pour lui. Ce fut alors que, réalisant les espérances c)u parti protestant en Angleterre, il obtint en mariage la princesse Marie, fille du duc d'York, nièce de Charles II et hérjlière présomptive du trône d'Angleterre. Cette union fut à la fois fatale aux Bourbons et aux Sluarls, mais elle servit merveilleusement l'ambition du prince d'Orange.

Louis XIV comprit alors que son gouvernement s'était trompé en s'adressant au prince d'Orange ppur dissoudre une coalition formée dans l'intérêt (Ju stathouder. 11 écrivit au roi d'Angleterre pour le prie? d'intervenir, s'il en était temps encore, pour faire accepter sa médiation à l'Europe; mais l'Angleterre n'était point disposée à permettre à son roi de suivre une semblable politique, et Charles II ne réussit nullement à faire prévaloir l'idée de la paix.

La guerre recommença donc, en 1678, avec une nouvelle énergie. Au début de la campagne Louis XIV voulut donner le change à l'ennemi ; le 7 février il partit pour Metz, avec la reine , madame de Montespan et toute la cour. De cette ville il se trouvait en mesure de menacer à la fois l'Allemagne et les Pays-Bas. Le prince d'Orange et les lieutenants

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de l'empereur se tenaient sur leurs gardes; mais les troupes promises par l'Espagne n'arrivaient pas et g existaient ep quelque sorte que sur le papier. Par les soins de Louis XIV, quatre corps d'armée se portèrent à la fois sur Ypres, Namur, Mons et Luxembourg. Le gouverneur des Pays-Bas se hâta de diriger sur Ypres les troupes qui étaient chargées de proléger la ville de Gand. Louis XIV avait prévu ce mouvement, et le roi, qui, en toute hâte, s'était porté de Metz sur Valenciennes, fit investir Gand par soixante mille hommes et s'en rendit maître le ia mars. Peu de jours après, la ville d'Ypres, également assiégée, se rendit à Louis XIV (i5 mars). En revanche, le prince d'Qrapge détermina l'Angleterre à faire avec la Hollande un traité d'alliance, et le roi Charles lï, en dépit de ses répugnances, se vit dans la nécessité de céder aux. réclamajjpns du parlement et du peuple.

A cette nouvelle, et au moment de voir l'Angleterre se joindre à ses ennemis, Louis XIV jugea qu'il importait de concentrer ses forces et de ne point les disséminer dans des expéditions lointaines. Il renonça à sa royauté de Messine et rappela à Toulon l'armée de Sicile et nos flottes de la Méditerranée. Sur ces entrefaites, le duc de Lorraine était rentré en campagne, et se voyait tenu en échec par une faible armée aui ordres du duc de Créqui. Les deux habiles adversaires manœuvrèrent longtemps sur les deux rives du Rhin. Le G juillet, le maréchal de Créqui, après avoir défait un corps d'Impériaux commandé par le duc de Bade, atteignit le duc Charles près de Rhia feld et mit son armée en déroute. L'ennemi assié-

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geait Offembourg ; Créqui essaya vainement de délivrer cette place, mais il passa la Kintzig sous les yeux du duc de Lorraine, qui n'osa livrer bataille. Maître de la campagne et déterminé à faire repentir la ville de Strasbourg de son attitude équivoque et malveillante , Créqui attaqua cette place , prit et rasa deux forts qui la protégeaient. Mais déjà les rapides succès des armées françaises avaient changé la situation et disposé plusieurs puissances à parler sincèrement de mettre fin à la guerre.

A la grande surprise de l'empereur et de ses alliés, ce fut la république de Hollande qui, la première, se déclara prête à souscrire aux ouvertures pacifiques de Louis XIV. Au moment où l'Angleterre elle-même entrait dans la coalition , les états généraux demandèrent à poser les armes. Le ministre de Louis XIV, M. de Pompone, les avait adroitement amenés à solliciter une paix séparée. Également désirée à Versailles et à la Haye, cette paix fut signée dans le mois d'août, . à des conditions qui témoignaient de tout l'intérêt que mettait le roi Louis XIV à en finir immédiatement avec la coalition : Y uti possidetis était admis, et, comme le roi avait évacué toutes les conquêtes de la Hollande, il s'ensuivait que les états généraux ne perdaient rien. La France s'engageait à rendre Maèstricht, cette place de guerre qui avait coûté tant d'efforts, un siège si long et si meurtrier. On ne se payait aucune indemnité de part ni d'autre ; les frais de la guerre restaient à la charge de chacune des parties. Le roi restituait au prince d'Orange tous les comtes et les villes qu'il pouvait avoir en France par

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