PAIX AVEC LA HOLLANDE ET L'ESPAGNE
origine de famille, droit d'héritage et de conquête.
Ce traité, qui mettait fin à la longue querelle de la France et de la Hollande, fut signé à Niruègue le 10 août 1678; quatre jours après , le prince d'Orange , qui ne pouvait ignorer ces conventions et qui aurait dû les respecter, eut l'odieuse pensée de livrer encore une bataille aux armées de Louis XIV, espérant qu'en cas de succès de sa part tout serait rompu. Ce prince avait besoin de la guerre pour satisfaire ses rancunes personnelles et pour accroître son importance. 11 attaqua donc par surprise le maréchal de Luxembourg, qui comptait sur la paix et avait cessé de prendre les précautions qu'exige le soin d'une armée en campagne. Guillaume, contre son attente, fut honteusement vaincu ; il ne lui resta que les remords d'avoir, sans nécessité, et pour la seule cause de ses intérêts , sacrifié la vie de plusieurs milliers d'hommes (i).
L'Espagne , se voyant chargée seule du poids de la guerre sur nos frontières du Nord, craignit de perdre les Pays-Bas et conclut la paix le 1 5 septembre. Louis XIV lui rendit onze villes ou forts acquis à la France par le traité d'Aix-la-Chapelle , et garda, de ses conquêtes récentes, quinze places, au nombre desquelles figuraient Valenciennes, Bouchain, Condé, Cambrai avec le Cambrésis, Aire, Saint-Omer, Maubeuge, et toute la Franche -Comté, avec leurs sei-
(i) Il est juste de dire que le prince d'Orange affirma toujours devant Dieu qu'il n'avait pas connu le traité de Nimègue au moment de la bataille, et qu'il n'en avait reçu avis que le i5 août, par une dépêche du grand-pensionnaire Tagel.
390 MONARCHIE FRANÇAISE. — LOUIS Xff. [M
gneUrtéà, dépendances et annexes, de quelque nom quelles puissent être appelées. Ainsi Louis XIV s'indemnisait de ses grands sacrifices militaires par la réiinion effective d'une ligne forlifiéë âll nord êt à l'esl. Il s'attâchâil à faire de la Francë uH foyâumë compacte, satià enclavés, sans poste avancé, et cette politique coh* tfibnait à préparer notre grande unité nationale.
Cependant là guerre n'était point èttcore terminée ; la France comptait encore des ennemis nombreux et redoutables; l'empefeiif, les princes dé l'Empiré, lé roi dè Danemark étaient ëticôré coalisés contre la France . .
Louië XIV était én mesuré dé lëUr tenir tété ; ét d'âbôrd cé foi avait suscité à l'empereur Une formidable révolté ért Hdttgrie. Michel Abaffi, wayvode de Transylvanie, ët lé comte îékély, le plus puissant des seignèurs hongrois, s'étâiént afrtiés, eux et lës protestants de leur pays, pour revendiquer la liberté religieuse. Dân$ cettë lôngué et opiniâtre lutte, leurs troupes âvaieht plusieurs fois vaincu les généraux de l'Empire, et c'était là, pour les intérêts delà France, une divèrslon dont Louis XlV tirait parti, qu'il entretenait rtiémë par des subsides.
Datls le Nord, les hostilités $é feriôuvelaient sans céssé, malgré les démarches pacifiques du foi de Suède. Ce princë avait repris Christianstadt; il perditStfàlsund, qui tomba, le 1 5 octobre, entre les mains de l'électeur de Brandebourg. Débarrassé de l'Espagne ét dé la Hôllârtdé, Louis XlV songea à venif en aide à son fidèle allié ét fit marcher uue armée vers la Poméranie.
paix avec l'empereur. 391
L'empereur d'Allemagne se détermina alors, mais à regret, à entrer dans la voie des concessions, où l'avaient précédé la Hollande et l'Espagne; le Danemark et l'électorat de Brandebourg y furent également contraints par les victoires dii maréchal de Créqiii; et alors les ferments de haine et d'hostilité qui troublaient le continent furent encore une fois comprimés.
Philipsbourg fut conservée à l'Empire et Fribourg à la France, qui acquit eh outre une clef du Rhin parla possession d'Huningue. Le duc de Lorraine, dans la dernière guerre, avait prétendu recouvrer ses Etats par la force des armes, et, comme il se trouvait à la tête de soixante-quinze mille hommes, cette prétention semblait exempte de témérité. Afin qu'on ne pût se méprendre sur son projet, il fit broder sur ses drapeaux cette inscription en lettres d'or : A présent ou jamais. Les revers du prince avaient effacé la première partie de cette inscription ; il parut se résigner à la seconde en refusant de signer l'article du traité qui le concernait. Le roi s'était réservé là souveraineté de Nancy, et la possession au même titre de quatre routes larges d'une lieue, dans quatre directions opposées. Charles pensa, peut-être avec raison j que cette souveraineté de grands chemins étaient exclusive de la sienne. L'empereur, son beaufrère, n'ayant point soutenu ses réclamations, le duc se retira à ïnsprûck, auprèsde son épouse, la reine douairière de Pologne, en attendant que la guerre lui rendît, à défaut d'un sceptre, un bâton de commandement [t)t
(i) M. de Loc Maria, Hist. de Louis XI y.
Ainsi, parla permission de Dieu, le dévouement de la noblesse et les sacrifices du peuple, cette longue guerre avait étendu les limites de la puissance du roi; les entreprises faites pour l'abattre étaient demeurées stériles ; l'Europe se taisait et craignait, et la France, toujours éprise de la gloire des armes et disposée à se soumettre au joug, lorsqu'il esl illustre, décerna à Louis XIV, d'une voix unanime, ce surnom de Grand, que la postérité n'a point dédaigné de reconnaître.
Triste grandeur cependant que celle qui prend pour base les hécatombes de la guerre et les désespoirs maternels! Le jour devait venir où , devant un pompeux cénotaphe, en face des ossements de ce roi que la multitude avait voulu profaner, sous les yeux d'un pays appauvri par les combats et désolé par l'ambition d'un seul homme , l'orateur chrétien devait faire justice de cette fausse grandeur que l'homme admire, et renvoyer à Dieu seul, qui fait et défait les rois, le principe de toute élévation , de toute louange et de toute gloire.
Cependant la paix ne devait pas être de longue durée, et Louis XIV semblait en avoir le pressentiment ; l'Empire, la Hollande et l'Espagne, cédant à la nécessité, licencièrent leurs troupes de guerre; mais le roi de France maintint son état militaire , et l'Europe comprit qu'elle avait tout à craindre d'un homme qui se résignait si mal à modérer sa fortune. C'est qu'il était déjà venu pour Louis XIV ce moment dangereux, l'écueil accoutumé des conquérants, ou, parce qu'on a vaincu, on s'imagine pouvoir tout oser. Contre les