‹ Histoire de FranceChapitre 137 sur 192 · PORTRAIT DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE LOUIS XIV

peu oublieux des injures et mal disposé au pardon. Jamais prince ne parut plus jaloux de gouverner personnellement et de gouverner seul ; à cet égard il était parfois dupe des illusions de son orgueil. Les ministres, ils s'en vantaient du moins, lui laissaient volontiers l'honneur de jouer le rôle de roi, tandis qu'ils arrivaient d'une façon adroite à régner euxmêmes, sauf à répéter ssms cesse avec admiration que Sa Majesté seule faisait tout. « Le roi , dit un de ses courtisans, à la jalousie de son autorité joignait la jalousie du gouvernement. 11 eut peur sur toutes choses, parce qu'il avait été gouverné, qu'on ne crût qu'il l'étoit encore, et par là ses trois ministres, Letellier, Colbert et de Lyonne , en lui disant toujours qu'il faisoit tout, qu'il étoit le maître, éloignèrent de lui et ceux qui l'avoient servi, et ceux qui étoient capables de le bien servir (i). » 11 y a peutêtre là une rancune plus pu moins déguisée de la vanité éconduite. La jalousie de Louis XIV tenait peut-être à un motif plus noble qu'au désir puéril de paraître affranchi de la tutelle ministérielle, a II me semble, écrivait lui-même ce roi, qu'on m'ôte de ma gloire quand, sans moi, on peut en avoir, et sans me contenter de celle que j'ai acquise, et, de la part d'un roi qui fait le métier de véritable capitaine et dans toutes les actions de guerre qui se passent en sa présence, je voudrais bien encore partager celle de mes soldats en courant le même danger qu'eux (2). » Si cette déclaration , un peu contredite par les faits , est

(1) Mémoires du marquis de La Fa/*,chap. a. (a) OEuvres de Louis XI y > II, p. 4*9-

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sincère, tout le monde conviendra que l'orgueil de Louis XIV n'était pas celui d'une âme vulgaire. Et alors même qu'il faudrait faire ici la part des faiblesses inséparables du cœur de l'homme, nous serions de ceux qui, tout en admettant dans beaucoup d'actes illustres du règne de Louis XIV l'initiative des ministres, persisteraient à croire au mérite supérieur de ce prince. Le choix et l'appréciation des hommes, sa confiance dans leur capacité, l'appui et l'encouragement qu'il leur donna , son attention à ne pas leur laisser usurper le pouvoir, une application infatigable dans les détails, son jugement, la prévoyance et la suite dans ses projets, la fermeté de sa volonté qui commandait l'obéissance, l'instinct de l'ordre, de la justice, de la grandeur, tout cela lui appartient. Si c'est un des caractères du génie royal que de s'emparer de son peuple et de son siècle, Louis XIV, il faut le reconnaître, n'eut pas d'égal dans l'art de régner, et Leibniz, écrivant à Bossuet,jeut raison dédire : « 11 est le plus roi de tous les rois. »

Louis XIV, considérant la royauté comme un sacerdoce civil, n'éprouvait pas le besoin d'être aimé du peuple, mais il voulait se sentir obéi et admiré; l'amour de ses sujets lui eût semblé une sorte de familiarité qu'il ne fallait pas encourager. Dans ses relations avec les puissances étrangères il se montrait fier et irascible, et toujours peu soucieux d'offenser ou de déplaire ; en face des Français il tempérait l'éclat de son rang par une bienveillance froide et digne.

Dans sa jeunesse , son goût pour les plaisirs , trop favorisé par Mazariu , l'avait emporté au delà des

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