LE ROI DAMS SA COUR
bornes de cette réserve royale dont il se fit plus tard une loi sévère. Alors il dansait dans les divertissements de la cour et acceptait un rôle dans les carrousels ; mais, ayant un jour assisté à la représentation de Britanicus, il fut frappé de ces vers :
« Pour toute ambition, pour vertu singulière , « Il excelle à conduire un char dans la carrière , « A disputer des prix indignes de ses mains , « A se donner lui-même en spectacle aux Romains. »
îl prit la leçon pour lui, et évita désormais de paraître sur les planches d'aucun théâtre.
Pour avoir été trompé il devint soupçonneux et crut difficilement à la probité ; le nombre de ses favoris fut rare, ou plutôt il n'en eut aucun, et se borna à admettre dans son intimité quelques courtisans privilégiés, tels que Vivonne , Créqui, de Lude , Lauzun et le fils du duc de La Rochefoucauld , l'ancien frondeur.
Il donnait à ses grâces, à ses relations, et même à ses refus, un tour exquis de politesse et de prévenance qui prouve qu'il y avait deux personnages en lui : le roi de théâtre , lequel apparaissait d'ordinaire , et l'homme de cœur, dont les manifestations étaient plus rares. « Monsieur le maréchal, dit-il un jour au maréchal de Bellefonds , je veux savoir pourquoi vous voulez me quitter. Est-ce dévotion? est-ce amour de la retraite ? est-ce accablement de vos délies? Si c'est ce dernier, j'y veux mettre ordre et entrer dans le détail de vos affaires. » Le maréchal avoua que c'étaient ses dettes, et le roi y pourvut libéralement (i).
(i)Mm* deSévigné, t. I, p. 36a.
Dans une circonstance analogue il dit au duc de La Rochefoucauld, qui se plaignait d'être pressé par ses créanciers : « Que ne parlez-vous à vos amis? » Et il lui envoya de quoi les satisfaire (i).
On a retenu quelques-unes de ses phrases nobles, courtes, spirituelles et obligeantes. Au duc de La Rochefoucauld, en lui annonçant par lettre qu'il le faisait grand-maître de la garde-robe : « Je me réjouis comme votre ami du présent que je vous ai fait comme votre maître. » Au marquis d'Uxelles, honteux d'avoir rendu Mayence après plus de cinquante jours de tranchée ouverte : « Vous avez défendu la place en homme de cœur, et vous l'avez rendue en homme d'esprit. » Le marquis du Plessis regrettant de ne pouvoir prendre part à la guerre contre la Hollande et d'être condamné au repos par son âge , Louis XIV le consola en l'embrassant et en lui disant : « Monsieur le maréchal, on ne travaille que pour approcher de la réputation que vous avez acquise. » Et comme un de ses valets de chambre, le priant de recommander au premier président un procès qu'il soutenait contre son beau-père, insistait en disant : « Ah ! Sire , vous n'avez qu'à dire une « parole, » il répondit : « Si tu étais à la place de ton « beau-père , voudrais- tu que je la dise , cette « parole(2)? » Un jour qu'un ses de autre domestiques, l'ayant fait attendre, allait être sévèrement réprimandé : « Laissez-le, dit le roi ; il est assez fâché. » Mieux inspiré encore, il dit à une princesse de la cour
(i) Choisy, t. I, p. 3a.
(a) Choisy, ibid.% p. 33.