I«7S] FILS NATURELS DE LOUIS XIV
lourde aux deux coupables, et la religion s'attristait encore.
Louis XIV osa donner au monde un scandale inattendu; du vivant de sa femme, par des édits enregistrés au Parlement, il déclara et fit déclarer légitimes les nombreux enfants qu'il avait eus de ses commerces adultères , leur attribuant, non le droit de succession au trône, mais des prérogatives, des droits et des honneurs qui ne devaient appartenir qu'aux princes du sang (i). Le Parlement se vit placé dans la triste nécessité d'obéir. Louis XIV avait d'ailleurs
(i) Louis XIV eut de madame de La Vallière :
Louis de Bourbon, né le 217 décembre i663, mort le juillet 1666; Louis dr Bourbon, comte de Vermandois, né le a octobre 1667, mort en i683 ;
Marie-Anne, dite Mademoiselle de Blois, née en 1666 , mariée à Louis- Armand , prince de Conti, morte en 1 739 ;
De Françoise- Athénaîs de Rochechouart-Mortemart , femme de Louis de Gondrin', marquis de Montespan ( comme ils naquirent tous pendant la vie du marquis de Montespan, le nom de la mère ne se trouve point dans les actes relatifs à leur naissance et à leur légitimation ) :
Louis- Auguste de Bourbon, duc du Maine, né le 3 1 mars 1670, mort en 1736;
Louis-César, comte de Vexin, abbé de Saint- Denis et de Saint- Germain-des-Prés, né en 167a, mort en i683 ;
Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, né le 6 juin 1678, mort en 1737;
Louise-Françoise de Bourbon, dite Mademoiselle de Nantes , née en 1673 , mariée à Louis m , duc de Bourbon-Condé , morte en 1743 ;
Louise-Marie de Bourbon , dite Mademoiselle de Tours , morte en 168 1;
Françoise-Marie de Bourron, dite Mademoiselle de Blois, née en 1677, mariée à Philippe II, duc d'Orléans, régent de France, morte en
Deux autres fils , morts jeunes, dont l'un de mademoiselle de Fonlanges.
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pris ses précautions en enlevant à cette compagnie, par la déclaration du 24 février 1673, l'ancien droit de remontrance que les rois capétiens n'avaient point osé lui dénier. Par cet acte d'autorité despotique il réduisait les parlements, selon l'expression de d'Aguesseau, a k ne pouvoir faire éclater leur zèle par leurs remontrances qu'après avoir prouvé leur soumission par l'enregistrement pur et simple des lois qui leur seroient adressées. » L'illustre chancelier ajouta : « Les remontrances que le parlement de Paris fit en cette occasion furent regardées alors comme le dernier cri de la liberté mourante. » En effet , depuis cette déclaration les remontrances furent non-seulement différées , mais par là même abolies. On n'en trouve plus un exemple jusqu'à la mort de Louis XIV ; et, pendant le reste de son règne, c'est-à-dire pendant quarante-deux ans , « l'enregistrement de tous les édits et de toutes les déclarations devint tellement de style que les conseillers au Parlement ne prenoient même pas la peine d'opiner à ce sujet (1). » D'Aguesseau se borne à faire observer que la législation fut loin de gagner à ce nouvel ordre de choses, mais Louis XIV ne parut jamais s'en douter.
Le peuple murmurait delà faveur de madame deMontespan et lui attribuait, non sans motif, une part assez sérieuse dans la direction des affaires et dans le choix des personnes; il est certain qu'elle avait imposé à Louis XIV et à Louvois son frère Vivonne, dont on fit un maréchal de France. Insensiblement le roi avait
(1) OEuvres de d'Aguesseau, t. XIV, p. i£5 et i55.
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oublié ces paroles, dont l'un de ses historiographes avait tenu registre : « Un jour il avait dit en présence de M. de Villeroy, de M. Letellier, de M. de Lionne, de M. le maréchal de Gramont, de M. de Colbert et de quelques autres dont je ne me souviens pas : « Vous êtes tous de mes amis, ceux de mon royaume que j'affectionne le plus et en qui j'ai le plus de confiance. Je suis jeune, et les femmes ont ordinairement bien du pouvoir sur ceux de mon âge. Je vous ordonne à tous que, si vous remarquez qu'une femme, quelle qu'elle puisse être, prenne empire sur moi et me gouverne le moins du monde , vous ayez à m'en avertir. Je ne veux que vingt-quatre heures pour m'en débarrasser et vous donner contentement là-dessus (i). » Ce sont là des ordre qu'un roi peu donner de bonne fois à ses ministres, mais que nul ministre, s'il n'a l'énergie de Sully, n'ose prendre au sérieux.
Ce roi, qui scandalisait la nation française par le spectacle de ses adultères , et qui accordait aux fruits de ses amours criminels la légitimation de la loi, avait cependant écrit pour servir d'enseignement à son fils :
« Je vous dirai premièrement que, comme le prince devroit toujours être un parfait modèle de vertu, il seroit bon qu'il se garantît absolument des faiblesses communes au reste des hommes, d'autant plus qu'il est assuré qu'elles ne sauroient demeurer cachées. Et néanmoins, s'il arrive que nous tombions malgré nous dans quelqu'un de ces égarements, il faut du moins, pour en diminuer la conséquence, observer
(i) Mémoires de Ch. Perrault, de l'Académie française.
deux précautions que j'ai toujours pratiquées, et dont je me suis fort bien trouvé.
« La première, que le temps que nous donnons à notre amour ne soit jamais pris au préjudice de nos affaires , parce que notre premier objet doit toujours être la conservation de notre gloire et de notre autorité, lesquelles ne se peuvent absolument maintenir que par un travail assidu; car, quelque transportés que nous puissions être, nous devons, par le propre intérêt de notre passion, considérer qu'en diminuant le crédit dans le public nous diminuons aussi l'estime auprès de la personne même pour laquelle nous nous serions relâchés.
a Mais la seconde considération, qui est la plus délicate et la plus difficile à conserver et à pratiquer, c'est qu'en abandonnant notre cœur il faut demeurer maître absolu de notre esprit , que la beauté qui fait nos plaisirs n'ait jamais part à nos affaires, et que ce soient deux choses absolument séparées. Vous savez ce que je vous ai dit en diverses circonstances contre le crédit des favoris : celui d'une maîtresse est bien plus dangereux.
« On attaque le cœur d'un prince comme une place ; lé premier soin est de s'emparer de tous les postes par où on peut y approcher. Une femme adroite s'attache d'abord à éloigner tout ce qui n'est pas dans ses intérêts. Elle donne du soupçon des uns et du dégoût des autres, afin qu'elle seule et ses amis soient favorablement écoutés, et, si nous ne sommes en garde contre cet usage, il faut, pour la contenter elle seule, mécontenter tout le reste du monde.