‹ Histoire de FranceChapitre 142 sur 192 · SJ PRINCIPES DU ROI · texte numérisé non relu

SJ PRINCIPES DU ROI

« Dès lors que vous donnez à une femme la liberté de vous parler de choses importantes, il est impossible qu'elle ne vous fasse faillir (i).

« La tendresse que nous avons pour elles, nous faisant goûter leurs plus mauvaises raisons, nous fait tomber insensiblement du côté où elles penchent, et la faiblesse qu'elles ont naturellement, leur faisant préférer souvent des intérêts de bagatelles aux plus solides considérations , leur fait presque toujours prendre le mauvais parti.

v Elles sont éloquentes dans leurs expressions, pressantes dans leurs prières, opiniâtres dans leurs sentiments, et tout cela n'est souvent fondé que sur une aversion qu'ellesauront pour quelqu'un, sur le dessein d'en avancer un autre, ou sur unepromesse qu'ellesauront faite légèrement.

« Le secret ne peut être chez elles dans aucune sûreté; car, si elles manquent de lumières, elles peuvent, par simplicité, découvrir ce qu'il falloitle plus cacher, et, si elles ont de l'esprit, elles ne manquent jamais d'intrigues et de liaisons secrètes. Elles ont toujours quelque conseil particulier pour leur élévation ou pour leur conservation , et elles ne manquent point d'y étaler tout ce qu'elles savent, autant de fois qu'elles en croient tirer quelques raisonnements pour leurs intérêts.

(i) Il est à remarquer que les développements qui suivent se trouvent dans la minute surajoutés à la mise au net du commencement , d'une écriture très-courue et chargée de ratures j que plusieurs paragraphes même ont été depuis barrés, peut-être parce que le roi fit réflexion que . ce portrait si piquant d'une maîtresse de roi convenait trop peu à la duchesse de La Vallière, qui semble en avoir fourni les idées.

a C'est dans ces conseils qu'elles concertent chaque affaire, quel parti elles doivent prendre, de quels artifices elles doivent se servir pour faire réussir ce qu'elles ont entrepris, comment elles se déferont de ceux qui leur nuisent, comment elles établiront leurs amis, par quelles adresses elles nous pourront engager davantage et nous retenir plus longtemps. Enfin , tôt ou tard, elles font réussir toutes choses, sans que nous puissions nous en garantir que par un seul moyen , qui est de ne leur donner la liberté de parler d'aucune chose que de celles qui sont purement de plaisir, et de nous préparer avec étude à ne les croire en rien de ce qui peut concerner nos affaires ou les personnes de ceux qui nous servent.

<r Je vous avouerai bien qu'un prince dont le cœur est fortement touché par l'amour, étant aussi toujours prévenu d'une forte estime pour ce qu'il aime, a peine à goûter toutes ces précautions; mais c'est dans les choses difficiles que nous faisons paroître notre vertu ; et d'ailleurs il est certain que c'est faute de les avoir observées que nous voyons dans l'histoire tant de funestes exemples de maisons éteintes, de trônes renversés, de provinces ruinées, d'empires détruits. » Dans ces phrases assezhabilement étudiées, LouisXlV semble demander grâce de ses désordres privés, en laissant croire qu'ils n'influèrentni sur les actesdeson règne, ni sur la condition de son peuple. Un roi, malheureusement pour lui, ne peut invoquer en pareille matière les immunités du silence et du secret. Toujours exposé aux regards de la foule , il édifie ou pervertit selon les^actes de sa vie , et plus le scandale descend de

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