‹ Histoire de FranceChapitre 146 sur 192 · ANECDOTES DE COUR · texte numérisé non relu

ANECDOTES DE COUR

toit debout, à la porte du même cabinet, et devant tout le monde , qui , à la manière du roi de l'aborder, de l'écouter, de la quitter, jugeoit que , toujours belle, elle ne lui étoitpas indifférente. »

Par plusieurs circonstances de ce récit Saint-Simon fait entendre qu'il veut parler de madame de Soubise, qu'il ne nomme cependant pas. Quelques historiens, et tous les romanciers, ont écrit qu'elle était la dame qui se présentoit au dîner ou au souper du roi avec des pendants d'oreille d'émeraudes, quand elle voulait avertir que Son mari était à Paris.

Madame de Sévigné raconte malignement, avec le ton de la bonhomie, que , quand on forma la maison de madame laDauphine, en 1679, madame de Soubise eut les entrées et les appointements de dame d'honneur sans en avoir le titre, et que ses pensions, montant déjà à vingt et un mille livres , furent considérablement augmentées. Quand on félicitait son mari il répondait modestement : Hélas ! cela vient par ma femme ; je n'en dois pas recevoir de compliments. Et la femme disait : Voilà ce que c'est que de s'être bien attacMe à la reine. Et, ajoute madame de Sévigné , le monde est toujours bon à son ordinaire.

Au risque de diminuer la majesté de l'histoire nous sommes contraint d'aborder de pareils récits et de mentionner de semblables anecdotes. Si nous les passions sous silence , nous ne donnerions pas une idée juste de la cour du grand roi et de la société française durant le dix-septième siècle. Après avoir montré Louis XIV promenant la guerre dans les Pays- Bas et en Allemagne , il est nécessaire de le faire voir

passant d'une favorite à Vautre, et perdant de longues heures à pacifier les querelles qui s'élevaient entre madame de Montespan et madame de Maintenon , Tune s'indignant des symptômes avant-coureurs d'une disgrâce , l'autre gagnant peu à peu du terrain, et minant d'une façon habile le sol sous les pas de sa protectrice. Dans cette lutte, d'abord très-inégale, Favantagedut être, pendant quelques années, du côté de madame de Montespan, et madame de Maintenon dut s'attirer des déconvenues et des humiliations qui, parfois , lassèrent son courage. Souvent ces deux dames parlaient de se séparer ; mais le roi tenait à la gouvernante de ses enfants et s'était fait auprès d'elle une habitude de relations et de conseils honnêtes ; aussi, après des querelles et des reproches, toutes deux restaient unies , chacune d'elles refusant de céder le terrain à l'autre.

Les avertissements de la conscience et de la religion ne faisaient défaut ni à Louis XI V , ni même à sa complice. « Le roi, dit madame de Caylus, a voit un fonds de religion qui paroissoit même dans ses plus grands désordres... Lesgrandes fêtes lui causoientdes remords, également troublé de ne pas faire ses dévotions ou de les faire mal. Madame de Montespan a voit les mêmes sentiments. » Durant la guerre des Pays-Bas, Bossuet avait renouvelé auprès du roi des exhortations pressantes. « Sire, écrivait-il à Louis XIV, le jour de la Pentecôte approche, où Votre Majesté a résolu de communier. Quoique je ne doute pas qu'elle ne songe sérieusement à ce qu'elle a promis à Dieu , comme elle m'a commandé de l'en faire souvenir, voici le temps

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