MADEMOISELLE DE PONT ANGE
Il y a toujours quelque musique qu'il écoute, et qui fait un très-bon efTet. 11 cause avec les dames qui ont coutume d'avoir cet honneur. »
La marquise de Sévigné s'égaye ensuite sur le jeu , qui était alors lereversi. « Au jeu, on parle sans cesse. — Combien avez- vous de cœurs? — J'en ai deux, j'en ai trois, j'en ai un, j'en ai quatre. — Il n'en a donc que trois, que quatre. — Et Dangeau est ravi de tout ce caquet. Il tire ses conséquences ; il voit à qui il a affaire; il devine le jeu. Enfin j'étois fort aise de voir cet excès d'habileté. Vraiment , c'est bien lui qui fait le dessous des cartes. A six heures on monte en calèche; on va sur le canal dans des gondoles : ou y trouve de la musique. On revient à dix heures : on trouve la comédie. Minuit sonne: on fait média noc/ie. » Madame de Sévigné ajoute, en s'adressant plus directement à sa fille : « De vous dire combien de fois on me parla de vous, combien on me fit de questions sans attendre la réponse, combien j'en épargnai, combien on ne s'en soucioit pas, combien je m'en souciois encore moins, vous reeonnoîtriez au naturel Viniqaa cotte. Tout y est pêle-mêle, ajoute-t-elle, Guelfes et Gibelins (i). » En parlant ainsi elle désignait les partisans de madame de Montespan et de sa rivale, la veuve du poète Scarrou, déjà toute-puissante à la cour de Louis XIV.
Un moment les flatteurs de madame de Maintenon et les complaisants de la favorite crurent voir se lever sur l'horizon de Marly un nouvel astre dont ils allèrent saluer l'aurore ; ce fut mademoiselle de Fon-
(i) Lettres de madame de Sévigné \ 27 juillet 1676.
tanges, fille d'honneur de Madame, qui eut, dès 1679, le honteux privilège d'être la maîtresse du roi. Madame de Mai mon on , dans sa correspondance, fait allusion à cette liaison coupable; elle ajoute : « Le roi se défie de moi et me craint; pour me fermer la bouche il me comble de biens. Il aime la vérité et ne veut pas l'entendre (1). » Dans une autre circonstance elle écrivait : « Madame de Montespan me demande des conseils ; je lui parle de Dieu, et elle me croit d'intelligence avec le roi ; elle s'emporte contre la pauvre fille, contre le Père de La Chaise, contre M. de Noailles. Elle passe des heures entières avec M. de Louvois et madame de Thianges. L'habitude lui a attaché le roi ; je crains qu'il n'y revienne par pitié. Il avoue qu'il l'aime encore, et plus qu'il ne voudroit (a). » Pour épargner un peu à madame de Maintenon les reproches ou les humiliations dont sa rivale se montrait prodigue, le roi lui donna à la cour une sinécure importante et la fit seconde dame d'atours de madame la Dauphine. « Malgré l'envie que j'avois de me retirer, écrivit-elle à l'abbé Gobelin, et malgré ma haine pour ce pays-ci (la cour), j'y suis attachée ; c'est Dieu qui a conduit tout cela (3). » Ceux qui ont pris à tâche d'exalter madame de Maintenon et de justifier toujours sa mémoire seraient peut-être embarrasés s'ils avaient à établir la sincérité du regret qu'elle manifeste à
(1) Lettres de madame de Maintenon, 10 octobre 1680. (a) Passages cités par M. le duc de Noailles, Hist. de Mad. de Maintenon . t. 1er, p. 54 1, 542.
(3) Lettre du 8 janvier 1680.