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PUISSANCE DU ROI

mesure qu'elle monte. Nous ne tarderons pas à voir se développer sa haute fortune.

D'autres incidents, d'un ordre plus grave , préoccupaient l'attention de la France et de l'Europe.

En 1679 Louis XIV était sorti victorieux d'une guerre injuste; seul contre tous, il avait vaincu ses ennemis par les armes et par la diplomatie. Dès ce moment la France avait prisa la tête de l'Europe sa place légitime, qui est la première. Sa prépondérance, fondée sur le sentiment de sa force , était décisive ; son accroissement de territoire, bien que notable, n'était rien auprès de la puissance d'opinion qu'elle avait acquise. L'Europe était donc saisie de crainte , la France d'admiration, et le roi, décoré du nom de Grand, se voyait déjà traité en demi-dieu. On ne l'abordait qu'avec de continuels transports d'enthousiasme; Pélisson l'appelait « un miracle visible » ; Lebrun reproduisait partout son imposante figure sous les traits allégoriques de Jupiter et d'Hercule; le duc de La Feuillade venait de lui dresser une statue sur la place des Victoires. « Il l'inaugura en faisant trois tours à cheval autour d'elle, à la tête du régiment des gardes, avec toutes les prosternations que les païens faisoient autrefois devant les statues de leurs empereurs (1). » L'adoration pour la personne royale gagna jùsqu'à Louis XIV lui-même, qui chantait avec des pleurs d'attendrissement les hymnes composés à sa louange par Quinault (2). Pouvait-on espérer que ce pouvoir sans limites, sans autre contrôle que

(1) Choisy, p. 3o3.

(a) Théophile Lavallée , Louis XIV.

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celui de la conscience, se résignerait à agir dans l'étroite sphère de la modération et de la justice? Pouvait-on, d'un autre côté, se flatter que les ennemis de la France, humiliés et vaincus, se complairaient à porter le joug imposé par la force et ne chercheraient aucun prétexte de vengeance ?

Les traités de Westphalie , d'Aix-la-Chapelle et de Nimègue, avaient stipulé que les villes données à la France étaient cédées « avec leurs dépendances. » Ce terme était vague , et il y avait tant de flexibilité dans le régime féodal qu'on pouvait, sous le nom de dépendances, élever des prétentions sur des provinces entières (i). Louis XIV ne devait pas hésiter à attribuer à la lettre des traités l'interprétation excessive qui s'accordait avec ses vues ambitieuses. En ce moment toute usurpation de ce genre lui semblait possible : l'Espagne et l'Empire, à la suite de guerres longues et sanglantes, paraissaient épuisés et hors d'état de tirer l'épée ; l'Angleterre, qui s'était maintenue forte, se trouvait maintenant engagée dans des luttes intestines, dans des querelles religieuses, et il y avait opposition tantôt sourde , tantôt déclarée, entre le pays et la dynastie. C'était le temps où les presbytériens d'Ecosse luttaient à main armée contre les anglicans, où ces derniers avaient à combattre les catholiques, où le duc de Monmouth, fils naturel de Charles II, employait les armées du roi à poursuivre et à disperser les rebelles. Les événements semblaient favoriser la France et lier les mains à ses ennemis.

(i) Théophile LavaUée, Louis XIV.

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