AGRANDISSEMENTS. ALLIANCES PRINCIÈRES
Louis XIV, en 1679, créa dans les parlements de Metz, deBrisach et de Besançon, des chambres, dites de réunion, chargées de rechercher les terres et les fiefs qui avaient relevé des Trois-Évêchés, des villes d'Alsace ou de la Franche-Comté. Ces terres et ces fiefs une fois désignés par les chambres devaient être réunis à la couronne. Les résultats de cette mesure ne se firent point attendre; les chambres de réunion adjugèrent au roi Saarbruck , Saarwerden , Falkenberg et Gemersheim, appartenant à l'électeur de Trêves; Weldentz, appartenant à l'électeur palatin ; Deux-Ponts, appartenant au roi de Suède; Lauterbourg, appartenant à levèque de Spire ; Montbéliard, appartenant au duc de Wurtemberg. Plusieurs autres terres, villes et domaines, dont rénumération serait trop longue, furent également attribués à la couronne de France par arrêt de justice, comme s'il se fût agi d'un champ ou d'une portion d'héritage contestés entre simples particuliers. Cette façon de procéder ne plut nullement aux princes de l' Empire, qui ne s'attendaient pas à de pareils envahissements. La diète de Ratisbonne adressa des représentations qui ne furent point écoutées.
Aussi bien que le traité des Pyrénées, celui de Nimègue fut suivi d'une alliance de famille entre les maisons de France et d'Espagne : Marie-Louise , fille de Monsieur et de Henriette d'Angleterre , épousa à Burgos, le 12 novembre, le roi catholique Charles II. En même temps Louis XIV uégociait un autre mariage au cœur de l'Allemagne; il demandait à l'électeur de Bavière sa fille pour le Dauphin, héritier de la
couronne de France. La nouvelle reine d'Espagne partit désolée et ne cacha point au roi ses regrets. Cependant, lui dit le monarque, je fais pour vous ce que j'aurais fait pour ma fille. — Vous pouviez mieux pour votre nièce , répondit-elle. Cette princesse eût préféré le titre de Dauphine en France à celui de reine, même en Espagne; mais, par ce double mariage, le roi contractait deux alliances qui pouvaient influer sur la politique; il persista dans sa résolution, malgré les larmes de sa nièce.
L'électeur de Bavière n'eut garde de refuser sa fille à l'héritier de Louis XIV. Le contrat fut signé le 3o décembre 1679, et la bénédiction nuptiale fut donnée une première fois à Munich le 3o janvier 1680, puis à Châlons au mois de février. La Dauphine était loin d'être belle, mais on parlait de son esprit, de son instruction et de sa piété, et sous ces derniers rapports elle était digne assurément d'entrer dans la maison royale de France (1). Vers le même
(1) Le roi envoya sur la frontière, au-devant de la Dauphine, M. Bcssuet , son premier aumônier, et madame de Maintenon , sa daine d'atours , deux personnes bien propres à donner grande idée de la cour de France à la jeune princesse. Elle n'était pas jolie. Sauvez le premier coup d'œil, dit au roi Sanguin , chargé par le roi de lui rendre compte de sa ligure. « Et cela est fort bien dit , écrivait madame de Sévigné ; car il y a quelque chose à son nez et à son front qui est trop long , et qui fait d'abord un mauvais effet. Mais elle a si bonne grâce, de si beaux bras , de si belles mains, une si belle taille , un si beau port , de si belles dents , de si beaux cheveux , et tant de bonté ! caressante sans être fade , familière avec dignité; enfin tant de manières propres à charmer qu'il faut lui pardonner ce premier coup d'œil. Si son visage lui sied mal, son esprit lui sied bien ; elle ne fait ni ne dit rien qu'on ne voie qu'elle en a beaucoup. On connoit cette repartie spirituelle à Louis XIV, qui