STRASBOURG RÉUNI A LA FRANGE
temps Louis XIV donna en mariage à son cousin, le prince deConti, frère du grand Condé, Mademoiselle de Blois, la fille naturelle qu'il avait eue de madame de LaVallière. Cette alliance ne fit guère honneur aux Condé, mais ils la subirent avec un empressement qui parut de mauvais goût. La cour parlait encore avec étonnement du mariage de Mademoiselle de Blois lorsqu'on apprit la fin imprévue de mademoiselle de Fontanges, Tune des favorites de Louis XIV. Elle mourut à la suite de ses couches (i).
Jusqu'à ce jour, et nonobstant le déclin de sa puis-
lui disoit : Vous ne m'aviez pas dit , Madame , que madame de Toscane, votre sœur, étoit extrêmement belle. — Puis-jc , Sire , me souvenir que ma sœur a toute la beauté de la famille, pendant que fen ai tout le bonheur? •
Elle fut d'abord un peu étourdie du tourbillon de la cour, mais point embarrassée : « Étonnée, continue madame de Sévigné, de l'agitation qu'on se donne ici pour se divertir ; car elle sait bien passer, sans s'ennuyer, des trois ou quatre heures toute seule dans sa chambre , à la musique , à la lecture , qu'elle peut faire en cinq langues , etc. ■
(i) Ses derniers moments furent mêlés de retours amers sur le passé. Elle voulut voir le roi ; il refusait, crainte d'attendrissement. Cependant il céda. Dans quel état il la trouva! pâle, décharnée , à peine reconnaissante. Elle l'envisagea avec une espèce d'avidité, lui fit un adieu touchant , le pria de payer ses dettes et de marier sa sœur. 11 le promit , et à sa promesse il vit le visage de la mourante se colorer des derniers rayons de la joie. Elle lui prit la main , la serra. Louis laissa couler des larmes. Ah ! s'écria-t-elle , je suis contente, puisque mes derniers regards ont vu pleurer mon roi. Elle expira à peine âgée de vingt
« Le roi fut longtemps à se remettre de ce spectacle ; il se représentoit toujours sa maîtresse défigurée par la pâleur de la mort, conservant peut-être une espérance criminelle au milieu des vives protestations d'un entier détachement , n'offrant à Dieu qu'un cœur encore palpitant d'amour et déchiré par des regrets tardifs , peut-être enfin malheureuse
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sance, Strasbourg avait conservé l'existence d'une ville impériale. L'or de Louis XIV suscitait depuis longtemps des agitations dans le sein de cette république, et il se formait un parti qui réclamait ta réunion à la France. Louvois conduisit avec adresse une négociation dont le résultat devait être la reddition de Strasbourg; l'habile ministre en rédigea la capitulation le 3o septembre 1681 avec le baron de Monclar, commandant l'Alsace en l'absence du duc de Mercœur. Louis XIV fit son entrée à Strasbourg le 10 octobre, avec la reine, Monseigneur, la Daupbine et toute la cour. Le monarque avait autant de grâce que de dignité ; il plut à la population par ses manières nobles et affables ; il gagna les notables par le charme de son langage et surtout par ses promesses, qu'il remplit toujours avec une scrupuleuse exactitude. Depuis lors, et jusqu'à la révolution de 1789, Strasbourg continua de former une république sous la souveraineté de la France ; les habitants conservèrent leurs privilèges, droits et coutumes, tant ecclésiastiques que politiques, conformément au traité de Westphalie et aux règlements de Tannée décréloire. Les envahissements de cet ordre semblaient désor-
pour l'éternité et malheureuse par sa faute. » Madame de Montespan se réjouit indécemment du triste sort de sa rivale.
Dans l'histoire d'une jeune fille séduite on ne peut omettre qu'elle donna son nom à un ornement de téte que les dames ont longtemps conservé. « Le vent détacha sa coiffure dans une partie de chasse ; elle se la fit attacher avec un ruban dont les nœuds tomboient sur le front. Cette singularité plut si fort au roi qu'il la pria de ne se pas coiffer autrement tout le jour, et dès le lendemain toutes les dames parurent coiffées avec des Jontanges. •
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mais s'accomplir sans obstacle toutefois ; dans quelques circonstances il fallut avoir recours à la force. En 1682, un corps de troupe parti de Pignerol traversa le Piémont et occupa Casai , qui avait été vendu au roi de France par le duc de Mantoue. Plus tard les places de Courtray et de Dixmude furent remises à Louis XIV. Les armées de ce roi s'emparèrent ensuite, après un long blocus et un formidable bombardement, de l'importante place de Luxembourg. On était encore, du moins officiellement, en paix avec l'Europe, et ce qui rendait la prise de Luxembourg plus odieuse, c'est que l'empereur d'Allemagne, dont Louis XIV envabissait les possessions, était alors exposé à l'agression des Turcs, contre lesquels il appelait à son aide les princes cbrétiens.
En 1681 on avait livré à la navigation le canal du Languedoc; en 1682, le 6 mai, le roi s'établit à Versailles.
Au mois de mars de cette même année, on porta au parlement une déclaration en faveur du jeune duc du Maine, fils adultérin de Louis XIV. Dans cet acte il fut question de la souveraineté de Dombes, que mademoiselle de Montpensier avait donnée à cet enfant; le roi déclara que le duc du Maine « reconnaissoit et tenoit pour souveraineté sous sa protection la seigneurie de Dombes, en se réservant, comme ses prédécesseurs, la bouche et les mains, lequel devoir seroit fait comme d'un moindre souverain à un puissant son protecteur, et non comme d'un sujet à son roi ni d'un vassal à son seigneur. En outre, il accorda aux
seigneurs de Dombes le pouvoir de juger en dernier ressort, et défendit au parlement de Paris « de plus comprendre le pays de Dombes dans les rôles des provinces de Lyonnois, etc., et autres qui ressortissoient au parlement. » Cette déclaration ne fit que rétablir les princes de Dombes dans les droits dont ils jouissaient avant la confiscation qui fut faite de cette principauté sur le connétable de Bourbon. La principauté «de Dombes était entrée dans la branche de Bourbon par Louis II, duc de Bourbon, à qui Édouard de Beaujeu en avait fait don Fan i4oo.
Au dehors la situation commençait à s'assombrir. La prise de possession de Deux-Ponts avait indisposé la Suède, notre alliée; l'invasion du Luxembourg acheva de nous aliéner l'Espagne, de même que l'acquisition de Strasbourg avait blessé la Hollande et l'Allemagne. Vainement le roi, après la prise de cette place, adressa à la diète un exposé des raisons qui avaient autorisé sa conduite; en vain il s'appuya sur le consentement des habitants comme sur la lettre des traités ; le prince d'Orange profita du mécontentement général pour se concerter avec la Suède et l'Espagne, en vue d'une nouvelle coalition contre la France. L'empereur d'Allemagne, vivement sollicité d'accéder à la ligue, ne demandait pas mieux que de joindre ses armées à celles des ennemis de la France, mais pour le moment les circonstances ne lui permettaient pas encore de se déclarer. Louis XIV lui avait habilement suscité des embarras ou des entraves ; le Brandebourg, le Danemark, Munster, par les soins habiles du roi, se tenaient prêts à opposer une contre-ligue à la coalition