I680-I682] LA CHAMBRE ARDENTE
voir recours à leurs secrets. Il importait d'en finir avec ces scandales; la justice fit arrêter la Voisin et sa complice. Pour se soustraire aux rigueurs de la Chambre ardente (c'est ainsi qu'on nommait le tribunal institué contre les empoisonneurs), les deux coupables firent de nombreuses révélations , la plupart fausses, et compromirent dans leur affaire un grand nombre de seigneurs et de dames de la cour, au nombre desquels on vit figurer le marécbal de Luxembourg et la ducbesse de Bouillon. La comtesse de Soissons, surinlendantede la maison de la reine (i),
(i) La comtesse de Soissons fut obligée de se défaire de sa charge de surintendante de la maison de la reine. - Son mari étoit mort fort brusquement à l'armée d'Allemagne , en 1673 , et dès lors on en avoit mal parlé, mais tout bas, à cause de la faveur où étoit alors la comtesse. Quand elle sévit impliquée dans l'affaire de la Voisin , elle se sauva fort troublée à Bruxelles , et de là elle passa en Espagne , sans qu'on pût trop deviner son motif; car les princes étrangers n'y ont point de rang , et ce devoit être une mortification, pour une femme qui avoit tenu en France un si grand état , de se condamner à vivre dans un lieu où elle ne pouvoit paroitre publiquement avec distinction. La reine, fille de Monsieur, qui (comme nous l'avons vu) s'étoit déterminée à ce mariage avec répugnance, y vivoit néanmoins plus heureuse qu'elle ne 1 avoit espéré. Elle s'étoit si emparée de l'estime et de la tendresse de son époux que la cour de Vienne craignoit qu'elle n'eût le crédit de le détacher des
intérêts de l'Empire » Après la mort de cette princesse, la comtesse
de Soissons, accusée d'empoisonnement, « se sauva en Allemagne, où elle traîna une vie obscure. Mansfeld, au contraire, fut rappelé, et décoré des plus beaux emplois de la cour de Vienne. Quand Charles II eut dans la suite épousé une Allemande , la comtesse obtint permission de retourner en Flandre (*). »
Avec elle finit l'histoire des sept nièces du cardinal Mazarin. A l'exception de Madame de Modène, qui mena une vie tranquille et estimable dans la maison qui Pavait adoptée, toutes éprouvèrent des catastrophes ou des re-
(*) Saint-Simon.
(jui avait tenu le premier rang à Versailles et que le roi avait honorée d'une grande faveur, fut plus sérieusement impliquée dans cette affaire. Le roi lui fit dire que, si elle était coupable, il lui laissait la liberté de fuir hors de France, et que , si elle se sentait innocente, elle n'avait rien à craindre. Elle répondit en protestant de son innocence, et ne laissa pas de sortir du royaume, pour traîner dans diverses cours une existence méprisée. La comtesse de Soissons était l'une des sept nièces du cardinal Mazarin ; elle avait épousé un prince de la maison de Savoie et fut mère du célèbre prince Eugène. On lui imputa d'avoir empoisonné la reine d'Espagne , fille de l'infortunée Henriette d'Angleterre ; mais rien de moins prouvé que ce crime.
François-Henri de Montmorency-Boutteville , duc de Luxembourg, pair et maréchal de France, avait été dénoncé à la Chambre ardente. Cet illustre capi-
vers : la duchesse de Mercœur périt à la fleur de l'âge, emportée par une maladie aiguë ; la princesse de Conti expira dans les transports d'un délire effrayant. On connaît les courses vagabondes de la connétable ; celles de la duchesse de Mazarin , quoiqu'un peu excusée par les bizarreries de son époux, ne lui font guère plus d'honneur. La duchesse de Bouillon , impliquée dans l'affaire de la Voisin, fut punie par un exil. Enfin la comtesse de Soissons mourut à Bruxelles dans le plus grand délaissement , pauvre et méprisée de tout le monde, et même fort peu considérée du prince Eugène, son fils.
Madame de Montespan acheta de la comtesse de Soissons la charge de surintendante de la maison de la reine, et le roi, comme on l'a vu plus haut, donna à madame de Maintenon une charge de dame d'alours de la Dauphine. C'était le temps des grands combats entre ces deux femmes ; mais la seconde était parvenue à se mettre sur un pied d'égalité avec la première.