I6H2J PROCÈS CRIMINELS
taine , au lieu de fuir, se constitua prisonnier. Il avait eu autrefois la faiblesse de se rendre chez la Voisin et de faire tirer son horoscope; la Voisin l'accusa d'avoir pactisé avec le diable pour marier son fils à la fille de Louvois. Le maréchal, à cette sotte accusation, retrouva sa dignité compromise par les commencements de ce procès. Il répondit avec noblesse au président : Quand Mathieu de Montmorency, mon aïeul, voulut épouser Adélaïde de Savoie, veuve de Louis le Gros, il ne s'adressa pas au diable, mais aux états généraux du royaume, qui déclarèrent ce mariage nécessaire pour acquérir au roi mineur l'appui des Montmorency. Cette réponse était fière et n'était pas d'un coupable. Le procès du maréchal dura quatorze mois , et se termina , par ordre du roi, sans arrêt, et par la mise en liberté du maréchal (1). Vers le même temps , sa prétendue complice , la
(i) Saint-Simon trace du maréchal de Luxembourg un portrait assez peu flatté : « Un grand nom , beaucoup de valeur , une ambition que rien ne contraignoit , infiniment d'esprit , mais un esprit d'intrigue , de débauche et du grand monde, lui firent surmonter le désagrément d'une figure d'abord rebutante, mais, ce qui ne se peut comprendre de qui ne l'a point vu, une figure à laquelle on s'accoutumoit ; et, malgré une grande difformité de taille et les accompagnements ordinaires de ce défaut, il avoit une aisance, une noblesse qui donnoit des grâces à toutes ses actions. *
Il était déjà illustre par plusieurs exploits de guerre lorsqu'arriva l'affaire de la Voisin. • Apprenant qu'il y avoit un décret de prise de corps contre lui , il alla parler au roi. Sa Majesté lui dit : Si vous êtes innocent , vous nattez qu'à mus mettre en prison; j'ai donné de si bons juges pour cette affaire que je leur en laisse toute la conduite. M. de Luxembourg alla parler au Père de La Chaise, resta une heure avec lui, se rendit à la Bastille , et remit lui-même au gouverneur l'ordre qu'il avoit apporté de Saint-Germain. »
duchesse de Bouillon, parut devant ses juges, entourée des grands noms auxquels le sien était allié. Elle s'était fait un jeu de consulter la sibylle parisienne ; ejle s'en fit un aussi de répondre par un spirituel persiflage à l'interrogatoire des magistrats (i). Elle était jeune, jolie, piquante; elle n'avait à se reprocher qu'une imprudence ; elle eut pour elle l'opinion et fut acquittée. Le roi l'exila, voulant, par cette rigueur, apprendre aux grands du royaume qu'ils doivent l'exemple du respect à la justice.
Des écrivains modernes, tristement jaloux de toute grandeur qui se produit dans un siècle monarchique, se sont plu à mettre en relief ces traits honteux , à recueillir et à ajuster, tant bien que mal , ces débris épars de scandales, et il ne tiendrait pas à leur étroit patriotisme qu'on ne considérât le palais de Louis le Grand comme une caverne d'escrocs ou un lieu déshonnête. On ne saurait trop se tenir en garde contre ces exagérations plus odieuses que ridicules. Sans doute, à l'époque où régna Louis XIV, la société avait gardé des mauvaises traditions des Médicis une légèreté de mœurs que les désordres d'une époque plus récente sont parvenus à faire oublier; sans doute aussi les classes nobles, ne se trouvant point encore, comme aujourd'hui, réduites à gagner l'honneur et la renommée à la sueur
(i) La Reynie, l'un des présidents de cette chambre, fut assez malavisé pour demander à la duchesse de Bouillon si elle avait vu le diable ; la duchesse répondit qu'elle, le voyait dans ce moment, qu'il était fort laid et fort vilain , et qu'il était déguisé en conseiller d'Etat. L'interrogatoire ne fut guère poussé plus loin.