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MORT DE LA REINE

Bossuet, qui prononça l'oraison funèbre de Marie- Thérèse d'Autriche, lui fit l'application de ces paroles de l'Apocalypse : // y a dans ï Eglise de Sardes un petit nombre de fidèles qui nont pas souillé leurs vêtements... Ils marchent avec moi, revêtus de blanc, parce quils en sont dignes. Le grand orateur ajouta ensuite : h Elle est sans reproche devant Dieu et devant les hommes; la médisance ne peut attaquer aucun endroit de sa vie depuis son enfance jusqu'à sa mort, et une gloire si pure, une si belle réputation est un parfum précieux qui réjouit le ciel et la terre. » Et avec quelle raison Bossuet n'avait-il pas le droit desécrier : Ceux que vous voyez revêtus dune robe blanche, ceuxlà, dit saint Jean, viennent (tune grande affliction ,

Ce présent excita l'envie de madame de Montespan ; mais on lui ht entendre qu'une pareille marque de considération ne s'accordait que par estime. Dans plusieurs voyages que (it le roi à Chambord, àCompiègne, sur les frontières, il mena la reine et madame de Maintenon en tiers; madame de Montespan en fut exclue.

Au retour d'un de ces voyages, en i683, Marie-Thérèse tomba malade, et, lorsqu'elle commençait à être heureuse, à jouir de la tendresse de son époux, sans aucun de ces ombrages qui avaient fait le tourment de sa vie, elle mourut à l'âge de quarante-cinq ans, enlevée presque subitement par une maladie qu'on traita d'abord de bagatelle. On a remarqué qu'elle était extrêmement timide devant le roi ; elle ne l'abordait jamais sans trembler. Soit que Louis XIV l'exigeât , soit qu'elle crût devoir se sacrifier pour lui plaire, elle vécut bien avec ses maîtresses et ne lui donna jamais aucun sujet de chagrin à cet égard Elle avait même la complaisance de caresser ses enfants ; mais elle ne s'abaissa jamais jusqu'à montrer de la considération à leurs -mères tant que dura leur désordre. Au contraire, elle en marqua toujours beaucoup pour madame de Maintenon , et en mourant , ou pour lui montrer son estime , ou par un secret pressentiment de ce qui devait arriver, elle tira sa bague de son doigt et la lui donna. (Voir les Mémoires du dix-septième siècle ; tous ces incidents y sont consignés. )

de tribulatione magna, afin que nous entendions que cette divine grandeur se forme ordinairement sous la croix... »

Elle avait été pesante , en effet, la croix de cette femme, si longtemps délaissée etsimal payée de la perte du cœur de son époux par quelques stériles hommages accordés à son rang ; mais elle dévora en secret ses amertumes et les offrit à Dieu. Humble et timide, elle n'osait aborder le roi qu'en tremblant, et jamais elle ne. lui fit entendre la plus légère plainte : la pompe du siècle la gênait, et aucune modestie notait "égale à la sienne. « Elle sut pourtant se prêter au monde avec toute la dignité que demandait sa grandeur. Les rois, non plus que le soleil, n'ont pas reçu en vain l'éclat qui les environne ; il est nécessaire au genre humain, et ils doivent, pour le repos autant que pour la décoration de l'univers, soutenir une majesté qui n'est qu'un rayon de celle de Dieu. Il était aisé à la reine de faire sentir une grandeur qui lui était naturelle. Elle était née dans une cour où la majesté se plaît à paraître avec tout son appareil , et d'un père qui sut conserver, avec une grâce comme avec une jalousie particulière, ce qu'on appelle en Espagne les coutumes de qualité et les bienséances du palais; mais elle aimait mieux tempérer la majesté et l'anéantir devant Dieu que de la faire éclater devant les hommes. Ainsi nous la voyions courir aux autels, pour y goûter avec David un humble repos , et s'enfoncer dans son oratoire , où, malgré le tumulte de la cour, elle trouvait le Carmel d'Élie , le désert de Jean et la montagne témoin des gémissements de Jésus...

<fl*3] PORTRAIT DE MARIE-THÉRÈSE . 473

a ... Marie-Thérèse attira par la prière toutes les vertus dans son âme. Dès sa première jeunesse elle fut, dans les mouvements d'une cour assez turbulente, la consolation et le seul soutien de la vieillesse infirme du roi son père. . . Quel cœur, quel respect, quelle soumission n'a-t-elle pas eue pour le roi? Toujours vive pour ce grand prince, toujours jalouse de sa gloire, uniquement attachée aux intérêts de son État, infatigable dans les voyages et heureuse pourvu qu'elle fût en sa compagnie ; femme, enfin, où saint Paul aurait vu l'Église occupée de Jésus-Christ et unie à ses volontés par une éternelle complaisance!... Parlerai-je des bontés de la reine tant de fois éprouvées par ses domestiques?... Et vous, pauvres de Jésus- Christ } pour qui seuls elle ne pouvait endurer qu'on lui dit que ses trésors étaient épuisés; vous premièrement, pauvres volontaires, victimes de Jésus-Christ, religieux, vierges sacrées, âmes pures dont le monde n'était pas digne ; et vous, pauvres, quelque nom que vous portiez, pauvres connus, pauvres honteux, malades, impotents, estropiés, restes des hommes, pour parler avec saint Grégoire de Nazianze , car la reine respectait en vous tous les caractères de la croix de Jésus-Christ; vous donc qu'elle assistait avec tant de joie, qu'elle visitait avec de si saints empressements, qu'elle servait avec tant de foi, heureuse de se dépouiller d'une majesté empruntée et d'adorer dans votre bassesse la glorieuse pauvreté de Jésus-Christ, quel admirable panégyrique prononceriez- vous par vos gémissements à la gloire de cette princesse!... Que dirai-je davantage? Écoutez tout en un mot :

fille, femme, mère, maîtresse, reine telle que nos vœux l'aurairnt pu faire , plus que tout cela, chrétienne, elle accomplit tous ses devoirs sans présomption, et fut humble, non-seulement parmi toutes les grandeurs* mais encore parmi toutes les vertus (i). »

L'histoire n'a rien à retrancher de ces louanges lorsqu'elles se rattachent à la piété de la reine ; c'est une touchante figure que celle de cette noble fille de la maison d'Autriche retirée dans son oratoire et confiant à Dieu ses douleurs ; c'est un rôle sublime que celui qu'elle remplit au chevet du pauvre , assistant de ses royales mains le Fils de Dieu fait homme dans la personne de ces petits qu'il a voulu nous léguer pour être ses vivantes images; mais, comme reine, comme épouse du glorieux Louis XIV, la douce et résignée Marie-Thérèse n'eut point un caractère et un esprit aussi élevés que sa fortune. Elle manquait de discernement, de tact, et surtout de cette intelligence active qui n'est point un mérite aux yeux de Dieu , mais qui permet de comprendre les événements , les situations et les hommes. Elle aimait à passer sa vie avec ses servantes espagnoles et une négresse naine et hideuse. Louis XIV dut plus d'une fois se sentir mal à l'aise et presque humilié en voyant assise à ses côtés, sur le trône de France , une compagne si peu capable de lui offrir un conseil et d'entrer dans ses desseins. Sans doute, avec la générosité d'un chrétien , celle qui lui manquait le plus, il aurait dû compatir à cette nature faible et ignorée, et la respecter lui-même autant qu'il

(i) Bossue t , Oraison Junèbre de Marie-Thérèse d'Autriche,

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