PLAN DE FOUQUET
ordres de Mma du Plessis doivent estre exécutés comme les miens.
a II est bon que mes amis soient advertisque M. le commandant de Neuf-Chaise me doibt le rétablissement de sa fortune ; que sa charge de vice-amiral a esté payée des deniers que je lui ai donnés par la main de Mme du Plessis, et que jamais un homme n'a donné des parolles plus formelles que lui d'estre dans ,\mes intérests en tout temps, sans distinction et sans réserve, envers et contre tous ;
« Qu'il est important que quelqu'un d'entre eux lui parle et voye la situation de son esprit, non pas qu'il fust à propos qu'il se déclarast pour moy, car de ce moment il seroit tout à fait incapable de me servir ; mais, comme les principaux établissements sur lesquels je me fonde sont maritimes, comme Belle-Isle, Concameau, Le. Havre et Calais, il est bien asseuré que, le commandement des vaisseaux tombant en ses mains, il pourroit nous servir bien utilement en ne faisant rien, et, lorsqu'il seroit en mer, trouvant des difficultés qui ne manquent jamais quand on veut.
« Il faudroit que M. de Guinant, lequel (i) a beaucoup de connoissance de la mer et auquel je me fie, contribuast à munir toutes nos places des choses nécessaires, et des hommes qui seroient levez par les ordres de Gourville ou des gens cy-dessus nommez. C'est pourquoi il seroit important qu'il fust adverti
(i) Il y avait primitivement : « lequel à mon ad vis se trouvera lors à fa teste des vaisseaux , au convoy de Bordeaux, qui sont à moi, acheptez de mes deniers , sous son nom. -
T. Xiv. 4
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en diligence de se mettre en bon estât et de se rendre à Belie-Isle (i).
« Comme l'argent seroit nécessaire pour toutes ces dépenses, je laisseray ordre au commandant de Belle- Jsled'en donner autant qu'il en aura, sur les ordres de Mme du Piessis, de M. de Brancas, de M. d'Agde ou de M. deGourviJle; mais il le faut mesnager, et que mes amis en empruntent partout pour n'en pas manquer...
« M. d'Agde, par sous-main, conduira de grandes négociations dans le parlement sur d'autres sujets que le mien, et inesme par mes amis asseurez dans Jes autres parlements, où il ne manque jamais de matière, à l'occasion des levées, de donner des arrests et troubler les receptes, ce qui fait qu'on n'est pas si haray dans ces temps-là à pousser une violence, et on ne veut pas avoir tant d'affaires à la fois.
* Le clergé peut encore, par son moyen et|M. de ISarbonne, fournir des occasions d'affaires en si grand nombre que l'on voudra, en demandant des estats généraux avec la noblesse, ou des conciles nationaux qu'ils pourroient convoquer d'eux-mesmes en lieux éloignez des troupes, et y proposer mille matières délicates.
« M. de La Salle , qui doibt avoir cognoissance de tous les secours qu'on peut tirer par nos correspondances des autres royaumes et Estats, y peut aussi estre employé et donner des assistances à nos places.
(i) U y avait à la suite ces mots : - ou au Havre, mais ce dernier seroit le meilleur. » Effacés,
««M] DÉFENSE DU SURINTENDANT. Si
Voilà lestât où il faut mettre les choses, sans faire d'autres pas? si on se contentoit de me tenir prisonnier ; mais, si on passoit outre et que l'on voulu si faire mon procez, il faudroit faire 4'.autre$ pas. »
Ce plan de révolte, ce projet g!e résistance armée, Fouquet le repoussait comme une simple rêverie jetée sur le papier. « Avoit-il jamais été mis à exécution? Depuis quand une pensée, une confidence de l'âme pouvoient-elles créer un crime tant qu'il n'y avoit pas commencement d'exécution? De quoi d'ailleurs s'agissoit-il dans cet écrit ? du cas où Mazarin, avant sa mort, eût voulu prendre une mesure arbitraire contre moi. Il n'y avoit aucun dessein contre la majesté royale; loin de là, il ne s'agissoit que de la seconder. » Fouquet concluait en déclinant la juridiction spéciale des commissaires; comme surintendant, premier ministre chargé de la garde du trésor, il ne pouvait êfre jugé que par le parlement. P'ailjeurs sa qualité de procureur général ne permettait pas d'autre juridiction que celle de ses pairs. « Mais, disait Fouquet, ce que je ne puis dissimuler, c'est l'horreur des outrages que mes ennemis ont vomis conjtre mon Jionneur au moment que j'ai été arrêté, ayant méchamment, et par un complot qui ne peut avoir été concerté qu'avec les démons les pjus enragés, supposé des lettres scandaleuses que les plus perdues de toutes les femmes publiques ne voudroient pas avoir écrites ni pensées, et d'avoir eu l'effronterie de les publier sous des noms de personnes de qualité, qu'on a voulu diffamer par là, et me rendre odieux au roi et au public, encore que le tout fût calomnieusement forgé
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dans la boutique de ces abominables forgerons (i). »
La défense de Fouquet fut à la fois véhémente et habile. Il est des hommes qui ne savent pas supporter répreuve d'une félicité trop constante, que le bonheur corrompt et énerve, et qui se redressent dans le malheur : Fouquet nous semble avoir été de ce nombre.
L'acte d'accusation formulé contre lui, et qui lui fut notifié dix-huit mois après son arrestation, se réduisait à deux chefs principaux : crime d'État et malversation dans l'administration des finances. Au premier chef Fouquet était accusé :
ip D'avoir écrit un projet de ce qui serait à faire par ses parents et amis dans le cas où on aurait voulu l'opprimer (a);
2° D'avoir fortifié Belle-Isle et mis des canons dedans ;
3° D'avoir eu le gouvernement de Concarneau ;
4° D'avoir pris des écrits de diverses personnes portant engagement de se dévouer d'une manière absolue à ses intérêts.
Les griefs relatifs à la malversation dans les finan- * ces étaient beaucoup plus nombreux. On accusait Fouquet :
i° D'avoir fait faire des prêts supposés et sans nécessité, afin d'avoir un titre pour prendre des intérêts ;
a° D'avoir fait des avances au roi de ses deniers, ce
(1) Défense de Fouquet, sous le nom de Latteignant. Paris, ann. 1661 .
(2) « Inventaire des pièces baillées à la chambre de justice par N. Fouquet, t. VIII, p. 291, ann. 1661.