M] RÉPRESSION DES BARBARESQUES
de province deviennent en même temps les intendants , expressions de la justice et agents de finances. Ici la couronne, dans un but intéressé, donnait d'abord aux cours judiciaires un caractère d'obéissance administrative; et, comme l'intendant était de sa nature hostile au pouvoir militaire du gouverneur, on mettait le parlement dans les intérêts opposés (i), et, en créant l'antagonisme de la noblesse d'épée et des gens de robe , on ne leur permettait plus d'avoir des intérêts communs et d'arborer un même drapeau , comme ils l'avaient fait au temps de la Fronde. Ainsi se perfectionnait dans tous ses ressorts le mécanisme du gouvernement absolu.
Les pirates des côtes barbaresques infestaient la Méditerranée et mettaient des entraves au commerce. Louis XIV confia à Duquesne la mission de les réprimer, et l'amiral châtia, jusque dans le port de Chio , les corsaires de Tripoli ( 1681 ). Cette exécution militaire fut faite sous les yeux du capitan-pacha , qui lui-même était entré dans le port avec trente-six galères. L'année suivante, Duquesne bombarda Alger à l'aide des galiotes à bombe que venait d'inventer le chevalier Henaud. Ce châtiment n'ayant pas mis fin aux courses et aux brigandages des pirates, l'intrépide amiral revint encore une fois ( 1683 ) à la charge, et fit pleuvoir sur Alger une masse énorme de bombes qui portèrent dans tous les quartiers de. cette ville la destruction et la mort. Consternés, et hors d'état de se défendre, les Barbaresques se virent forcés de mettre en
(1) M. Capefigue.
liberté les chrétiens qu'ils tenaient dans l'esclavage, et dont ils avaient déjà fait périr un grand nombre en les attachant tout vivants à la gueule de leurs canons. Lorsque de nos jours on se promène devant ces bouches à feu qu'uneconquête récente a livrées à la France et qui défendent la large terrasse des Invalides, le cœur se serre quelquefois, ému d'une douleur religieuse , eq se reportant par la pensée au sacrifice des martyrs qui peut-être reçurent, liés à ce bronze, la mort et la couronne des saints.
Le bombardement d'Alger porta ses fruits ; en 1684, le dey d'Alger, Mezzomorto, subit les dures conditions qui lui furent imposées par la France; les pirates respectèrent désormais notre pavillon , jusqu'au jour où, ayant osé s'affranchir de cette crainte , ils attirèrent sur eux la colère de nos rois et virent leur pays réduit au sort de colonie française.
La république de Gênes osa braver Louis XÏV et prendre parti pour les ennemis de ce roi ; du moins elle en fut accusée par la diplomatie française , et l'histoire n'a pu constater à sa charge d'autre crime que celui d'être demeurée attachée à l'Espagne et jalouse de sa propre indépendance. )\ n'en fallait pas tant pour déplaire au roi de France et attirer ses foudres. Le 17 mai 1684, le marquis de Seignelay, ministre de la marine, se présenta devant cette ville à la tête d'une escadre formidable, que Duquesne commandait sous ses ordres. On imputa à Gênes « d'avoir consenti que le roi d'Espagne se dît son protecteur, tandis qu'elle ne devoit attendre de protection que du seul roi de France , dont les volontés dévoient lui servir