M BOMBARDEMENT DE GÊNES. 4ÎH
de règle unique. » On exigea d'elle qu'elle livrât plusieurs galères et qu'elle s'engageât à faire désormais « tout ce qui lui seroit commandé pour le service et la satisfaction du roi. » Les magistrats de la république n'ayant point voulu se résigner à une humble et entière soumission, Gènes la Superbe fut bombardée durant dix jours , et vit s'écrouler une partie des édifices de marbre qui la rendaient si orgueilleuse. On tira sur la ville à boulets rouges, on alluma de nombreux incendies, et l'on consterna l'Europe en faisant essuyer à une ville dont la faute était douteuse un traitement injuste et barbare qui rappelait le cl lâ riment des pirates algériens. Quoi qu'il en soit, le 28 mai la flotte française se replia sur les côtes de Provence. La république avait compté sur l'appui de l'Espagne; n'étant point secourue, elle ouvrit des négociations et recbercb a auprès du roi la médiation du pape Louis XIV exigea que le doge , assisté de quatre sénateurs, vint implorer sa clémence dans son palais de Versailles, et que la république rompît toute relation avec l'Espagne. Le doge impérial, Lescaro, sévit donc contraint de venir faire amende honorable à Versailles. Accueilli avec des égards mêlés de hauteur, il eut a se louer de la politesse du roi et à se plaindre du dédain de ses ministres. Comme il se promenait dans les jardins et les appartements de cette pompeuse résidence, Seignelay lui demanda ce qui, au milieu de ces magnificences , lui causait le plus d'étonnement. « C'est de m'y voir, » répondit le doge.
La France ne tarda pas à contempler dans son sein des hôtes non moins inattendus ; ce furent les envoyés
du roi de Siam , qui vinrent offrir à Louis XIV les présents de l'Inde. Ils furent accueillis avec plus de splendeur encore que le doge de Gênes ; on les promena par tout Paris; le roi ordonna de leur faire voir ses palais et fontaines, et il se complaisait à les recevoir sur son trône , parce que , selon l'usage oriental , ils devaient se prosterner la face contre terre , et ne regarder le prince qu'avec cette frayeur tremblante des esclaves devant le maître. On ne sait guère aujourd'hui ce qu'il faut penser de cette ambassade, qui rappelait, sur de moindres proportions , la visite de la reine de Saba à l'héritier de David. Quelques-uns ont cru que les prétendus Siamois n'étaient en réalité que des Indiens recueillis par les vaisseaux français sur les côtes de Coromandel ou du Bengale, et que d'habiles courtisans déterminèrent à jouer le rôle d'ambassadeurs venus des extrémités de l'Orient pour encenser Louis XIV. On ne voit pas trop pourquoi ils se seraient exposés à cette coupable flatterie, qui pouvait tourner à la honte de leur maître et à leur propre châtiment. IN'est-il pas plus simple d'admettre que ces étrangers vinrent réellement de Siam, royaume que nos missionnaires parcouraient déjà pour y prêcher la foi et y semer, avec la religion , les germes d'une civilisation qui fut trop tôt étouffée? Quoiqu'il en soit, les envoyés de Siam furent pompeusement reçus , et l'on se plut à étaler sous leurs yeux toutes les merveilles de la France.
La guerre de répression durait encore sur les côtes d'Afrique; le maréchal d'Estrées, ayant bombardé Tripoli , se présenta devant Tunis, et força le bey d'i-