MORT DU GRAND CONDÉ
En ce moment le prince de Coudé, attiré à Fontainebleau par le désir de soigner sa petite-fille, la duchesse de Bourbon, atteinte de la petite vérole, était lui-même sérieusement malade dans cette résidence. Il écrivit au roi; il lui demanda d'oublier ses infidélités passées et de rendre ses bonnes grâces au prince de Conti, qui revenait en ce moment de Hongrie. Le monarque accorda à l'illustre capitaine sa dernière demande et lui répondit dans les termes les plus affectueux.
Depuis quelques années le grand Condé , éclairé par la conversion de sa sœur, par la mort pieuse de la princesse palatine, par les entretiens de Bossuet et de Bourdaloue, avait tourné ses regards vers cette religion qui console de tout , même des digràces royales. Chaque jour son état devenait de plus en plus dangereux. En voyant l'inquiétude des médecins Coudé leur dit : « Parlez hardiment, ne dissimulez rien. » Tousse taisaient. Cependant l'un d'eux, appelé Moi in , eut le courage de lui dire : « Monseigneur, il est temps de songer aux sacrements. — Voilà ce qui s'appelle parler, » répondit le prince. Et sans retard il fit ses dernières dispositions.
velle s'en fut répandue, on vit, par l'inquiétude du peuple , à quel poiut le roi étoit aimé. Les églises se remplirent de gens de tout état , qui alloient demander à Dieu sa guérison. // ne fallait pas les y a/tpeller, ils y alloicnt d'eux-mêmes. La même affection se manifesta quand le roi vint à Paris rendre à Dieu ses actions de grâce pour son rétablissement ; non-seulement la foule le pressoit dans les rues , mais elle le suivit à son départ bien loin au delà des faubourgs , avec de vives acclamations , et il fut si touché de ces transports qu'il ne voulut auprès de lui que la garde bourgeoise. » (Reboulet , Hist. de Louis XI t\ )
Le jour de sa mort , le 1 1 décembre 1686 , il était dans un fauteuil auprès du feu ; il s* assoupit sur les onze heures et s'éveilla deux heures après. Se trouvant plus mal, il demanda le père Deschamps, son confesseur; on lui répondit qu'il n'arriverait que vers midi a Ce sera peut-être trop tard , » répliqua Condé. S' a dressant alors au père Bergier, qui était présent : « Il faut que vous me confessiez tout à l'heure. » En même temps il leva les yeux au ciel en s'écrîant : « O mon Dieu, ayez pitié de moi! faites-moi la grâce de mourir chrétiennement ! »
Avant de recevoir le Viatique il voulut expier par une réparation publique les scandales de sa vie pas-* sée ; mais, trop faible pour s'exprimer lui-même , il emprunta l'organe de son confesseur. Le ministre de la religion, élevant la voix , déclara que M. le Prince s'avouait coupable d'avoir longtemps donné des exemples pernicieux à sa famille, à ses amis, à ses domestiques et à son prochain ; qu'il s'en repentait et en demandait humblement pardon à Dieu et aux hommes. Le prince congédia sa famille et retint auprès de lui les ecclésiastiques dont il était entouré. « Voilà maintenant, dit-il, mes vrais médecins. » Le curé, étonné de la résignation et de la tranquillité du malade, ne put s'empêcher de dire : « Monseigneur, vous nous offrez un spectacle dont nous saurons bien profiter pour instruire le peuple et les grands. » Humilié de cet éloge , Condé répondit : « Ce n'est pas pour'les hommes , c'est pour Dieu et pour mon salut. » On vint annoncer le père Deschamps. La joie éclata dans les yeux du prince ; il recueillit tout ce qui lui restait