‹ Histoire de FranceChapitre 166 sur 192 · I68M6S6) LA COUR SOUS MADAME DE MAIHTENON. SOI · texte numérisé non relu

I68M6S6) LA COUR SOUS MADAME DE MAIHTENON. SOI

plus profonde, la plus publique , la plus durable , la plus inouïe, et que la postérité ne voudra pas croire, réservée par la fortune ( n'osant ici nommer la Providence) au plus superbe des rois. » Quoi qu'il en soit, dès cette époque Louis XIV montra une grande sévérité de mœurs et une grande fidélité aux observances de la religion.

Madame de Montespan supporta sa disgrâce avec fermeté ; elle quitta la cour et se retira dans ses domaines. Les princes ses fils restèrent à la cour.

L'humeur du roi devenait chaque jour plus grave, et la cour perdait peu à peu les traditions des plaisirs. L'étiquette s'élevait comme un mur entre le souverain et le peuple ; Louis XIV, imbu des usages qu'avait apportés en France la reine sa mère , avait introduit dans son palais la sévérité des règles de la cour d'Espagne. Les moindres détails étaient prévus et déter- • minés avec un soin minutieux , et il n'était donné à personne de s'en affranchir. Les princes du sang , moins que tout autre, avaient conservé un peu de cette aisance et de cette liberté honnête qui doublent le prix des vertus. Madame de Maintenon portait la première la peine de ce superbe ennui ; le roi , se tenant de plus en plus à l'écart de ses entourages, n'avait d'autre distraction que de rechercher sa société , et la monotonie de ces entretiens parvenait difficilement à abréger le cours des heures. Voici ce que madame de Maintenon écrivait à ce sujet à l'une de ses confidentes : « Que ne puis-jevous donner toute mon expérience? Que ne puis-je vous faire voir l'ennui qui dévore les grands et la peine qu'ils ont à remplir leurs

journées ? Ne voyez-vous pas que je meurs de tristesse daus une fortune qu'on aurait eu peine à imaginer, et qu'il n'y a que les secours de Dieu qui m'empêchent d'y succomber? J'ai été jeune et jolie , j'ai goûté des plaisirs, j'ai été aimée partout; dans un âge plus avancé j'ai passé des années dans le commerce de l'esprit , je suis venue à la faveur, et je vous proteste que tous les états laissent un vide affreux, une inquiétude , une lassitude , une envie de connaître autre chose, parce qu'en tout cela rien ne nous satisfait entièrement. »

Madame de Maintenon, pour se distraire de l'insupportable gêne de la cour, allait passer des journées entières à Saint-Cyr, maison royale que , d'après ses conseils, Louis XIV avait fondée pour assurer l'éducation d'un grand nombre de jeunes filles nobles et • pauvres. Françoise d'Aubigné avait tous les jours devant les yeux le souvenir de la détresse qui avait assiégé ses premières années, et elle voulait généreusement épargner à d'autres d'aussi pénibles angoisses.

Durant cette période du règne de Louis XIV (1681i685), l'une des plus remarquables dans l'histoire du dix-septième siècle, on vit se produire des faits d'une haute importance, et qui se rattachaient en même temps à l'ordre religieux et à l'ordre politique. Nous allons mentionner ici les difficultés qui amenèrent la déclaration du clergé de France; nous parlerons ailleurs de la révocation de l'édit de Nantes et des longues querelles du quiétisme.

Avant d'aborder ces questions du passé, qui sont encore ardentes, l'historien doit se recueillir en lui-

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même et se bien tenir en garde contre les opinions accréditées, les idées reçues, l'empire des préjugés invétérés ; c'est à la recherche de la vérité seule qu'il s'attachera, sans s'inquiéter de plaire, cherchant à peser devant Dieu et devant sa conscience, sans faiblesse et sans passion, la valeur des vieux mensonges érigés en axiomes. Ainsi, du moins, avons-nous compris le sacerdoce de l'histoire. ■

Depuis les mémorables luttes de la papauté et de l'Empire, depuis ce Grégoire VII, « qui avait haï l'iniquité et mourut pour la justice, » jusqu'à ce Boniface VIII, qui, lui aussi, périt à la tâche, les rois de France ont souvent cru nécessaire à l'immunité de leur couronne de réclamer des garanties contre ce qu'ils ont appelé les envahissements de la puissance spirituelle. Ils ont vu plus d'une fois avec stupeur l'Église, immuable, se maintenir sans altération au milieu des révolutions humaines qui l'ont assiégée. Ce pouvoir mystérieux transmis à quelques vieillards, successeurs de Pierre, et que les orages de tant de siècles ont respecté, ils ne l'ont pas considéré sans effroi et sans jalousie se dressant entre eux et les âmes. Ils se sont demandé s'il était possible, dans les limites du dogme, de s'isoler de l'action et de la surveillance des souverains pontifes, et de conduire le grand troupeau des peuples sans avoir à relever de celui qui a reçu pour la suite des temps l'héritage de la houlette sacrée.

Qui oserait nier les droits de César? Le Sauveur des hommes les a lui-même proclamés, il y a dix-huit siècles, en donnant le précepte de la soumission. A Dieu ne plaise que nous refusions le denier, et que

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nous méprisions l'autorité de ceux aux mains de qui a été remis le glaive; mais cette autorité, qui a ses règles et ses limites, s'arrête impuissante devant le domaine de la conscience ; mais, lorsque le corps obéit à César dans les choses légitimes , lorsque César obtient de l'âme de justes respects et de justes prières, le corps et l'âme ne cessent pas pour cela d'appartenir à Dieu, notre Créateur, et à l'Église, la mère spirituelle de tous les fidèles.

Durant les siècles qui s'écoulèrent de Tibère à Constantin , l'Église avait été à la fois persécutée et libre : persécutée dans ses membres, qu'on livrait aux juges et aux bourreaux ; libre dans sa hiérarchie et dans son administration, dont les Césars ne s'inquiétaient pas. Elle avait formé un État dans l'État, s'agrandissant par le prosélytisme et le dévouement, et n'ayant dans la société aucune existence officielle, aucun rapport régulier avec le pouvoir temporel ; en un mot, elle était hors la loi et presque toujours réduite à cacher son action et son influence.

Dès que Constantin eut embrassé la foi chrétienne, l'Église eut plus rarement à endurer les persécutions ouvertes dirigées contre elle par la puissance temporelle ; elle fut reconnue par l'État, et en quelque sorte associée à l'empire.

Mais, tant que dura cette deuxième période de son existence, sa situation fut précaire, sa liberté mal définie. Dans la partie occidentale de l'empire romain, comme dans la partie orientale, l'Église fut contrainte de se plier aux formes extérieures des gouvernements, de subsister sous leur police -, elle dut alors subir mal-

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