J COUP D'OEIL RÉTROSPECTIF
gré elle une oppression administrative qui plus d'une fois osait afficher la prétention inique d'intervenir dans le dogme. On sait quelle protection plusieurs empereurs accordèrent aux erreurs d'Arius et de quelques autres hérésiarques; aussi, sourdement attaquée et contrariée dans son action, la religion chrétienne ne parvenait que très-lentement à régénérer le monde latin et byzantin.
Cependant les destinées de l'Église n'étaient point pareilles en Orient et en Occident : à Constantinopie, le clergé se résignait au joug de la cour et trop souvent participait à ses scandales; à Rome, la hiérarchie se maintenait pure et chrétienne. Là siégeaient les papes, successeurs de Pierre, et le monde spirituel , dédaignant Constantinopie et Ravenne, ces deux capitales politiques de l'empire, ne reconnaissait de métropole suprême que la cité reine d'où le père des fidèles parlait Urbi et Orbi.
L'invasion des barbares affranchit l'Italie et l'Occident tout entier de la domination décrépite des empereurs ; une société jeune et forte s'installa sur les ruines qu'elle avait faites ; elle répandit dans les veines du corps social épuisé un sang vigoureux dont l'énergie le ranima. Les souverains pontifes n'eurent garde de laisser comprendre l'Église dans la conquête : pouvaient-ils ne point se montrer soucieux de l'impérissable dépôt que Dieu leur avait confié? Ils conférèrent aux Francs la dictature de l'Occident et posèrent sur le front d'un barbare, du glorieux Charlemagne, la couronne impériale des anciens Césars. Dès ce moment l'alliance de la papauté et de la société nouvelle
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fut de nouveau consacrée; le monde vit s'installer à ses deux sommets le pape et l'empereur, la tète du pouvoir spirituel et celle de la puissance temporelle.
Les jours d'épreuve n'étaient point finis : ils dureront pour l'Église jusqu'à la consommation des siècles. Délivrée du joug byzantin et de la crainte prolongée par l'état précaire dont la papauté venait de sortir (au point de vue temporel), l'Église rencontra dans les tendances de la société des obstacles et des dangers non moins graves.
Les Césars d'Allemagne et la féodalité dans toutes les sociétés chrétiennes menaçaient son indépendance ; - on voulait la ranger, même pour le spirituel, au nombre des fiefs. L'État s'incorporait l'Église ; l'empereur intervenait violemment dans le choix de ses chefs ; la féodalité réagissait sur sa discipline. Sous le grand pontificat de Grégoire VII l'œuvre de la hiérarchie fut accomplie, l'émancipation consolidée ; l'Église devint libre, non-seulement en esprit, comme elle l'avait toujours été, mais dans son corps.
Alors fut soulevée la redoutable question delà responsabilité des rois envers Dieu. Le grand principe de la hiérarchie féodale reçut sa plus large applicacation. De même que le serf avait au-dessus de lui son seigneur, celui-ci reconnaissait pour suzerain un plus noble feudataire, et d'échelon en échelon on remontait au roi. Dans l'ordre des faits religieux, et pour la défense des biens temporels et spirituels de l'Église, les rois avaient pour suzerain le pape, vicaire de Jésus-Christ et son représentant visible. Chaque fois donc que les rois attentaient aux immunités
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de l'Église, entreprenaient contre le dogme ou donnaient aux peuples l'exemple du crime et du mépris des choses saintes, le souverain pontife intervenait à son tour contre eux , les retranchant de la communion des fidèles, et, au besoin, déliant leurs sujets du serment de fidélité.
Les rois et les empereurs se soumirent plus d'une fois à cette autorité qui s'exerçait au nom du Seigneur, et par laquelle l'Eglise se posait comme médiatrice entre l'oppresseur et l'opprimé , entre le prince et le peuple; mais ils s'enhardirent insensiblement à résister, et ilsnièrent le droit que s'attribuaient contre eux les souverains pontifes.
Vinrent pour Rome des temps plus mauvais encore, le grand schisme d'Occident, le triomphe des hérésies, la séparation de l'Angleterre , et d'autres douleurs dont l'énumération serait longue. Aussi , dans l'intérêt de la paix de l'Église , et pour ne pas soulever d'autres orages , la papauté s'abstint de revendiquer l'exercice de cette suprême suzeraineté qui était entrée dans le droit public du moyen âge ; elle laissa sommeiller ce formidable privilège dont elle avait usé contre la maison desHohenstaufen, et, sans renoncer au droit nécessaire de considérer les empereurs et les rois, en tant qu'hommes et pécheurs, comme des membres de l'Église, sujets à ses lois et à ses foudres, elle cessa de les dépouiller de leurs couronnes et de déposséder leur race de la puissance temporelle.
Imitons-la dans sa prudence , et ne soulevons pas sans nécessité des questions qui ne trouveraient point d'application actuelle. Puissent-elles, pour le bonheur
des rois et des peuples, n'appartenir jamais qu'à l'histoire du passé! La puissance que les papes ont exercée au moyen âge sur les têtes couronnées est un fait qui a cessé de se manifester au dehors ; c'est un droit que les royautés modernes dénient et qu'elles repousseraient par la force : rendons grâces à Dieu de ce que ces tempêtes sont épargnées à la barque de Pierre. Les papes, quand le moyen âge reconnaissait le principe catholique pour la loi commune, étaient pour les nations souffrantes et pour la vérité en péril des protecteurs naturels qui souvent , sans secousses et sans convulsions sociales, étendaient sur les rois la justice de Dieu. Les rois se sont affranchis de cette surveillance gênante , ils ont prétendu ne relever que de leur glaive et de leur droit , et au bout de cette voie nouvelle, comme pour justifier Rome , ils ont trouvé deux abîmes qui s'appellent la souveraineté du peuple et la puissance brutale des révolutions. Les rois seuls peuvent nous raconter ce qu'ils ont perdu au change ; T histoire dira si les nations y ont gagné.
Louis XIV, quoique sincèrement attaché au dogme catholique, n'était que trop porté, par les conseils de son ambition et de son orgueil, à s'isoler de Rome et à chercher des garanties contre des prétentions qui ne le menaçaient pas. Il rêvait l'établissement d'une Église nationale ne relevant de la papauté que par son institution, et demeurant placée, quant à sa discipline et à son administration, sous la surveillance du pouvoir temporel et sous la direction de synodes particuliers ; en d'autres termes , il cherchait à imiter Henri VIII, moins l'hérésie : problème difficile et