I6SM6W] LOUIS XIV KT L'ÉGLISE
dangereux. En attendant il n'épargnait au pape ni les humiliations, ni les répressions violentes, et l'on a vu plus haut comment il avait tiré vengeance des insultes dirigées par la garde corse contre son ambassadeur à Rome.
La question de la Régale fut le terrain qu'il choisit pour faire valoir ses prétentions, imitant en cela les plus absolus de ses prédécesseurs. La Régale était le droit que s'attribuaient les rois de France de percevoir les revenus des bénéfices ecclésiastiques pendant la vacance des sièges ; ils alléguaient que la Régale leur appartenait universellement dans tous les archevêchés et tous les évêchés du royaume , terres et seigneuries de leur obéissance , à l'exception des diocèses qui en étaient exemptsà titre onéreux (i). Un édit fut donné à ce sujet et vérifié par la cour des comptes ; aux termes de cet édit, qui datait de 1673, Louis XIV, qui ne jouissait du droit de Régale qu'à l'égard d'un certain nombre de sièges, déclara que ce droit , attribué à la couronne, « étoit inaliénable et imprescriptible dans tous les évêchés et archevêchés du royaume. » Au mépris de leur serment, le plus grand nombre des évêques de France cédèrent sans protestation à cette injonction royale, se réservant néanmoins d'écrire au saint-siége pour obtenir son agrément ; d'autres virent dans cette condescendance l'abolition des principes les plus sacrés et se crurent obligés de les défendre. Ces prélats courageux furent les évêques d'Alethetde Pamiers; ils en appelèrent au saint-siége,
(1) Déclarations du a avril 1675 et du 18 avril 1678.
seule autorité compétente pour décider des droits et des obligations de Y Eglise. L'évêque de Pamiers fit plus : il excommunia les membres de son chapitre que le roi venait de pourvoir en Régale, attendu que l'évêque n'avait point encore fait enregistrer son serment. Les archevêques métropolitains deNarbonne et de Toulouse cassèrent les actes de résistance de leurs courageux suffragants; de son côté l'autorité civile appela comme d'abus. Innocent XI, qui occupait alors la chaire pontificale , écouta la plainte des évêques , et adressa au roi une bulle qui contenait des avertissements paternels, mais sévères. Le pape y déclarait que le mal allait toujours en empirant , et que , sous prétexte de la Régale, la collation des bénéfices et des institutions canoniques était empêchée, les droits de l'épiscopat méconnus. « Nous sommes mus, ajoutait le saint-père, de l'affection intime de notre âme et par les entrailles de Jésus-Christ, à prier Votre Majesté que, se souvenant de ce que le Sauveur a dit au chef de l'Église : « Celui qui vous écoute m'écoute, » elle prête l'oreille à nous , qui lui servons de père, et de père très-aflfectionné. »
En 1680 une assemblée du clergé eut lieu en France; la plupart des évêques qui la composaient, au lieu de soutenir la résistance de leurs deux collègues d'Aleth et de Pamiers, encouragèrent le roi à se maintenir dans la possession usurpée de la Régale. Ils poussèrent l'adulation et la faiblesse jusqu'à lui déclarer que rien ne serait capable de les séparer de lui ; ils accusèrent le saint-siége de tenter une vaine entreprise, disant qu'ils vouloient que toute la terre fui informée