‹ Histoire de FranceChapitre 169 sur 192 · MM] LA RÉGALE · texte numérisé non relu

MM] LA RÉGALE

de leurs dispositions à cet égard. C était un triste exemple de servitude, pareil à celui qu'avait donné l'épiscopat anglais sous les Plan tagenets, avant la lutte entreprise par saint Thomas Becket pour l'affranchissement de l'Église, lutte glorieuse, scellée du sang d'un martyr. x

Le Parlement, avide de grandir son rôle, et toujours animé de vieilles rancunes, ordonna, par un arrêt, la suppression de la bulle du pape comme contraire aux franchises et aux privilèges de l'Église gallicane ; les jansénistes, qui, pour se fortifier dans leurs erreurs , avaient besoin d'un point d'appui contre la papauté , applaudirent à cette résistance des gens de loi ; mais les évêques généreusement rebelles ne se soumirent pas davantage aux abus de la Régale. Pour en finir, Louis XIV eut recours à un moyen qui lui parut solennel : il convoqua une assemblée générale du clergé , qui se réunit pour la première fois le 9 novembre 1681 ; elle était composée de trente-cinq prélats, des deux agents généraux du clergé , et de trente-cinq députés du second ordre. Bossuet fit le sermon d'ouverture, et prit pour texte la merveilleuse unité de l'Eglise.

Àu mois de février 1682 , d'après l'avis et l'exemple de ce même Bossuet, en qui Rome avait espéré, l'assemblée du clergé de France adressa au pape un Mémoire en forme de lettre. A travers des apparences respectueuses on remarquait . dans ce document , plutôt une leçon donnée au chef de l'Église que la demande d'une décision attendue avec humilité. Ou représentait au pape qu'il y avait beaucoup de choses que la nécessité du temps (la volonté du roi) devoit faire

tolérer ; que cette nécessité était quelquefois de telle nature qu'elle pouvait même changer les lois, principalement quand il s'agissa^: d'apaiser les différends et d'affermir la paix entre la royauté et le sacerdoce. On finissait par dire à Innocent XI qu'il devait suivre les mouvements de sa bonté dans une occasion où il n'était pas permis d'employer le courage. Le vénérable pontife répondit à la lettre du clergé français avec une fermeté qui rappelait saint Léon ; il reprocha aux évêques de France « d'avoir abandonné, par une pusillanimité très-répréhensible , la sainte cause de la liberté de l'Église ; de n'avoir pas osé faire entendre une seule parole pour les intérêts et l'honneur de Jésus-Christ, mais de s'être couverts d'un opprobre éternel par d'indignes démarches auprès des magistrats séculiers (le Parlement). Il les invita au repentir, et termina par casser et annuler des actes déjà nuls par eux-mêmes comme étant manifestement vicieux. »

Au fond Bossuet et l'assemblée se trouvaient placés entre deux opinions extrêmes ; parmi les prélats , les uns ne se prêtaient que difficilement aux vues du roi ; les autres , plus courtisans que pasteurs , allaient au delà de la pensée de Louis XIV, et ne se sentaient pas éloignés d'un ordre de choses qui assignerait à l'Église de France un caractère particulier dans le sein de l'Église universelle. Entre la séparation d'avec Rome et la soumission absolue au père commun des fidèles on pouvait choisir un moyen terme, un accommodement qui laissât subsister encore des liens et des rapports de l'Église de France à Rome. Ce fut l'expédient auquel s'arrêta Bossuet , soit par conviction , soit

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