‹ Histoire de FranceChapitre 170 sur 192 · SM686) DÉCLARATION DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

SM686) DÉCLARATION DU CLERGÉ

qu'il jugeât prudent d'épargner à l'Église les dures extrémités dont le parti de la séparation et l'emportement du roi paraissaient la menacer. Bossuet posa les termes d'une transaction qui réunit les suffrages et qui fut formulée en quatre articles encore désignés comme renfermant la substance des libertés de l'Eglise gallicane; ils constituent la célèbre Déclaration du clergé de France, du 19 mars 1682, et sont conçus en ces termes :

« Plusieurs personnes s'efforcent de ruiner les décrets de l'Église gallicane et ses libertés, que nos ancêtres ont soutenues avec tant de zèle, et de renverser leurs fondements, qui sont appuyés sur les saints canons et sur la tradition des Pères. D'autres, sous prétexte de les défendre, ont la hardiesse de donner atteinte à la primauté de saint Pierre et des pontifes romains ses successeurs, instituée par Jésus- Christ , d'empêcher qu'on ne leur rende l'obéissance que tout le inonde leur doit, et de diminuer la majesté du saint-siége apostolique, qui est respectable à toutes les nations où l'on enseigne la vraie foi de l'Eglise, et qui conserve son unité. Les hérétiques, de leur côté, mettent tout en œuvre pour faire paraître cette puissance, qui maintient les lois de l'Église, insupportable aux rois et aux peuples , et ils se servent de cet artifice afin de séparer les âmes simples de la communion de l'Église. Voulant donc remédier à ces inconvénients , nous , archevêques et évêques assemblés à Paris, par ordre du roi , avec les autres ecclésiastiques députés, qui représentent l'Église gallicane , avons jugé convenable, après une mûre délibération

de faire les règlements et la déclaration qui suivent : « Que saint Pierre et ses successeurs, vicaires de Jésus-Christ , et que toute l'Église même n'ont reçu de puissance de Dieu que sur les choses spirituelles et qui concernent le salut, et non point sur les choses temporelles et civiles. Jésus-Christ nous apprend lui-même que son royaume ri est point de ce monde, et, en un autre endroit, qu'il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu; qu'ainsi ce précepte de l'apôtre saint Paul ne peut en rien être ébranlé : Que toute personne soit soumise aux puissances supérieures ; car il ri y a point de puissance qui ne vienne de Dieu, et c'est lui qui ordonne celles qui sont sur la terre. Celui donc qui résiste aux puissances résiste à V ordre de Dieu. Nous déclarons, en conséquence, que les rois et les souverains ne sont soumis à aucune puissance ecclésiastique, par l'ordre de Dieu, dans les choses temporelles; qu'ils ne peuvent être déposés directement ni indirectement par l'autorité des clefs de l'Église; que leurs sujets ne peuvent être dispensés de la soumission et de l'obéissance qu'ils leur doivent , ou absous du serment de fidélité , et que cette doctrine , nécessaire pour la tranquillité publique et non moins avantageuse à l'Église qu'à l'État, doit être inviolablement suivie, comme conforme à la parole de Dieu, à la tradition des saints Pères et aux exemples des saints (i);

(i) « Comme le premier article de la fameuse Déclaration est le plus important, il sera bon d'examiner ce qu'il décide et ce qu'il ne dé cide pas, et ce qui s'ensuit.

« Il décide que saint Pierre et l'Église ont reçu de Dieu la puissance

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« Que la plénitude de puissance que le saiutsiége apostolique et les successeurs de saint Pierre ,

des choses spirituelles et qui concernent le salut , et non des choses ciyiles ; mais il ne décide pas si la soumission à la puissance temporelle dans les choses civiles n'est pas une chose spirituelle et qui concerne le salut.

« 11 met les choses civiles en opposition avec les choses qui concerne le salut étemel; il suppose que les choses civiles ne regardent point ce salut. Donc, si la soumission aux puissances supérieures est une chose civile et temporelle, cela ne concerne point le salut, n'intéresse poiut la conscience. On peut obéir si l'on veut : il n'y a plus d'obligation devant Dieu. Donc, enfin, le meurtre politique d'un roi, s'appelàl-il Louis XVI, est une action indifférente. N'est-ce pas ce qu'on appelle aujourd'hui anarchie politique , ou d'un autre nom qui indique la ruine de toute société humaine?

« 11 dit bien que l'Église a reçu de Dieu la puissance des choses spirituelles, et la souveraineté séculière celle des choses temporelles; mais il ne dit pas laquelle des deux a reçu de Dieu la puissance de décider en dernier ressort si telle chose est spirituelle ou temporelle. N'est-ce pas là constituer les deux puissances daus un état de guerre perpétuelle ?

« Il nous rappelle que le royaume de Jésus-Christ n'est pas de ce monde , de hoc mundo ; mais il ne dit pas en quel sens Jêsus-Christ , qui est pourtant venu en ce monde pour vaincre le monde , chasser dehors le prince de ce monde, et conquérir par sa mort le royaume de ce monde, a dit ces paroles. Il ne dit pas que Jésus-Christ n'ait pas voulu dire que son royaume n'était pas de te monde, de hoc mundo, quant à son origine, mais de Dieu son Père , ni quant à sa puissance, fondée, non sur la force militaire, mais sur la vérité , à laquelle il était venu rendre témoignage. En tout cas il ne dit pas quelle autorité infaillible nous apprendra jusqu'où s'étend le royaume de Jésus-Christ , qui, en quelque sens qu'il ne soit pas de ce monde , est pourtant dans ce monde.

« Il ne dit pas si c'est le monde ou le royaume de Jésus-Christ qui a reçu de Dieu cette juridiction suprême. N'est-ce pas jeter les peuples chrétiens dans le scepticisme ou le doute universel touchant leur devoir comme peuple ?

« Il nous rappelle qu'il faut rendre à César ce qui est à César ; mais il ne nous dit pas quelle autorité nous fera connaître de la part de Dieu quel est le César à qui nous devons rendre , ni si telle ou telle chose est à César

vicaires de Jésus-Christ, ont sur les choses spirituelles, est telle que néanmoins les décrets du

ou à Dieu. N'est-ce pas supposer que Dieu a établi inutilement son Église?

« Il nous rappelle que toute personne doit être soumise aux puissances supérieures, parce qu'il n'y a point de puissance qui ne vienne de Dieu; mais il ne dit pas si , par là que toute puissance en soi vient de Dieu , elle vient également de Dieu à tout homme qui s'en empare ; il ne dit pas s'il n'est point de différence entre une puissance légitime et une puissance usurpée ; il ne dit pas si l'on doit une égale soumission et à la puissance que Dieu approuve comme conforme à sa loi, et à la puissance que Dieu permet , comme une fièvre , un incendie.

« Il ne dit pas quelle autorité Dieu a chargée de diriger nos consciences dans ces conjonctures difficiles. Mais n'est-ce point assimiler les catholiques à des protestants , à des brebis qui errent à l'aventure, n'ayant point de pasteur ? U déclare que , dans les choses temporelles , les souverains ont absolument indépendants de l'Église ; mais il ne les déclare pas indépendants de Dieu et de sa loi, que Dieu a chargé l'Église d'interpréter à l'univers.

« Il déclare que l'Église ne peut ni directement ni indirectement déposer les souverains, ni dispenser leurs sujets de leur devoir et serment de fidélité ; mais il ne déclare pas que Dieu ne le puisse toujours et même ne le fasse quelquefois;; il ne dit pas quelle autorité Dieu a chargée de nous dire quand il l'aura fait.

« 11 déclare, contre le pape, que les rois sont, au temporel, indépendants de l'Église ; mais il ne déclare pas , contre les calvinistes , contre Gerson, Almain, Major et Richer, que les rois soient en cela indépendants du peuple , la seule autorité , au dire du ministre Jurieu , qui n'ait pas besoin d'avoir raison pour valider ses actes.

■ Le seul point qui paraisse un peu clair dans cet article , c'est que le souverain , roi ou peuple, est tout à fait indépendant de l'Église dans les choses temporelles. Mais il ne saurait l'être si ce n'est pas à lui à décider en dernier ressort ce qui est temporel ou non. Donc , en vertu du premier article de la Déclaration de 1682 , c'est à la puissance séculière , et non point à l'Église, à déterminer ce qui est de la compétence de l'un et de l'autre.

. De là il suit que les apôtres , les martyrs , les confesseurs , les saints de tous les siècles et de toutes les nations ont eu tort de ne pas s'en rapporter aux souverains ou magistrats païens , hérétiques, schismatiques ,

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