ROME ET LE CLERGÉ GALLICAN
Les partisans de la doctrine de l'infaillibilité opposaient un pareil raisonnement aux arguments tirés du concile de Constance ; ils ajoutaient que, si le concile de Bâle avait cru pouvoir s'arroger le droit de déposer Eugène IV, celui-ci n'en avait pas moins continué d'être reconnu comme pape et de célébrer avec solennité le concile de Florence. Comment, disaient-ils, l'opinion gallicane peut-elle s'appuyer sur cet exemple, puisque le concile de Baie n'a fait qu'entrer dans le schisme en élisant l'antipape Félix V ? Et le concile de Constance, qu'on se plaisait si fort à citer, n'avait-il pas, dans la condamnation de Wiclef et de Jean Hus, considéré comme hérésiarque celui qui n'attribuait pas au pape l'autorité suprême dans l'Église (supremam auctoritatem in Ecclesiam Def)? Enfin le concile de Trente n'avait-il pas proclamé à son tour qu'au pape ont été données la suprême autorité et l'administration universelle de l'Église ?
De leur côté, les gallicans affirmaient que leur doctrine était celle de l'Église primitive; que le système contraire était nouveau et datait tout au plus de Grégoire VII. Ils aimaient à mentionner ce passage de l'épître aux Galates dans lequel il est dit que saint Paul résista en face à Céphas (Pierre) parce qu'il était répréhensible. Ils y voyaient l'exemple d'un apôtre redressant son chef.
Mais leurs adversaires demandaient comment la doctrine de la suprématie et de l'infaillibilité du pape aurait pu s'établir, au dixième siècle et depuis , dans l'Église, si elle eût été une nouveauté. Que d'orages cette prétention n'eût-elle pas soulevés dans le
sein de l'Église! et il ne s en éleva point. Quant à l'exemple de saint Paul résistant à Céphas, dans lequel les gallicans et plusieurs autres voulaient reconnaître Pierre, les partisans de l'infaillibilité ne s'en laissaient point ébranler; ils établissaient qu'en cet endroit des Écritures il ne s'agit que de discipline et non de dogme. Ils pouvaient alléguer, au besoin, que le Céphas dont il est parlé dans l'épitre aux Galates n'était point le prince des Apôtres et ne devait pas être confondu avec lui.
Enfin ils soutenaient que le pape ne peut faillir en matière de foi et de dogme (le pape, comme homme, ne cessant pas d'être soumis aux infirmités de notre nature), parce qu'il lui a été dit, en la personne de Pierre : « J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne mana que jamais; après ta conversion tu dois affermir « tes frères. »
Cependant l'assemblée du clergé de 1682 opposait à ces objections les précédents et les traditions de l'Église de France ; mais c'était encore là un moyen de défense que le parti contraire ne laissait point sans réponse. Il s'attachait a prouver que la déclaration gallicane était opposée aux anciens principes qui avaient prévalu dans le clergé, soit en France, soit ailleurs.
Ainsi, en 14^9, le concile général œcuménique de Florence, où se fit la réunion de l'Eglise grecque avec l'Église latine , avait donné le décret suivant : « Nous « définissons aussi que le saint-siége apostolique et le « pontife romain a la primauté sur toute la terre, « et que ce pontife romain est le successeur de saint