‹ Histoire de FranceChapitre 174 sur 192 · H«*6] SUITE DE CET INCIDENT · texte numérisé non relu

H«*6] SUITE DE CET INCIDENT

« Pierre, le prince des Apôtres, et le vrai vicaire de « J.-C, et le chef de toute l'Église, le père et le doc- « teur de tous les chrétiens; et que J.-C. Notre-Seia gneur lui a donné dans la personne de saint Pierre « la pleine puissance de paître, de régir et de gou- « verner l'Eglise universelle, comme il est aussi con- « tenu dans les actes des conciles œcuméniques et « dans les sacrés canons. »

Ainsi encore, en 1626, les évêques de France s'étaient exprimés en ces termes : « Ils respecteront aussi « notre saint-père le pape, chef visible de l'Église unice verselle, vicaire de Dieu en terre, évêque des évé- « ques, et patriarche, en un mot successeur de saint « Pierre, auquel l'apostolat et l'épiscopat ont eu com- « mencement, et sur lequel J.-C. a fondé son Eglise, « en lui baillant les clefs du ciel, avec Y infaillibilité « de la foi, que l'on a vue miraculeusement durer » dans ses successeurs jusques aujourd'hui. »

Nous avons dû entrer dans ces détails, parce que la déclaration de 1682 est l'acte le plus grave du clergé de France sous Louis XIV, et parce qu'elle a eu sur l'avenir de l'épiscopat et de l'Église de ce royaume l'influence la plus considérable. Dès ce moment on ne pouvait plus appliquer à la France cette parole qui a été dite d'elle par un de ses plus illustres enfants (1), que c'était une monarchie fondée par des évêques. Le clergé de France, en effet, avait cessé d'être l'un des ordres de l'État; il se composait désormais d'hommes que le pouvoir temporel rangeait

(1) Bossuet.

au nombre de ses fonctionnaires et dont il surveillait les allures et les tendances. 11 entrait, soit volontairement, soit par peur, dans le droit commun des sujets de Louis XIV, et ce droit commun était la servitude. Il serait d'ailleurs injuste de dire qu'il se résigna à la situation qu'il s'était faite dès qu'il en entrevit les conséquences et dès qu'il connut bien que Rome le blâmait; mais il avait lui-même concouru à son abdication, et il était destiné à en subir les suites. Au surplus, du vivant même de Louis XIV, et douze ans après la célèbre assemblée de 1682, la plupart des évêques qui y avaient pris part obtinrent du roi la permission de rentrer en paix avec Rome. Ils écrivirent séparément au souverain pontife qu'ils étaient douloureusement affligés des procédés dont l'assemblée du clergé de France avait usé à l'égard du saintsiége, et qu'ils tenaient pour non avenu tout ce qui avait pu être statué au préjudice de sa légitime autorité. Le roi, de son côté, depuis longtemps inquiet du blâme que ses résistances avaient soulevé à Rome , adressa au pape une soumission analogue. Les cardinaux d'Estrées et de Janson ménagèrent cet accommodement, ou pour mieux dire ce désaveu, et le pape Innocent Xllconsentit à expédier les bulles que ses prédécesseurs avaient dû refuser aux évêques. Nonobstant la double rétractation du roi et des prélats, les parlements continuèrent de reconnaître pour bases fondamentales des droits de l'Église de France les quatre articles de la Déclaration de 1682, et il existe encore dans le clergé et dans le corps des fidèles français un parti considérable qui persiste à les proclamer.

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Ajoutons encore que les lois organiques, émanées du pouvoir temporel, qui régissent en France la police des cultes, ont ordonné que ces maximes seraient enseignées dans les facultés de théologie. Quant a Rome, pour ne point réveiller des querelles qui tourneraient au détriment de la religion et de la paix publique, elle s* abstient d'intervenir autrement qu'elle ne l'a fait dans le conflit des deux opinions; elle n'a entendu ni abdiquer ses droits, ni consacrer des prétentions mal fondées ; elle s'est bornée à ne point condamner ceux qui, partageant de bonne foi les théories de 1682, n'entendent pas en provoquer l'application malveillante contre le saint-siége. Et c'est ainsi que pour la France, malgré les efforts du schisme et de l'hérésie, les catholiques de toutes les nuances n'ont point cessé et ne cesseront jamais de faire un seul troupeau sous un même pasteur,

La lutte engagée contre le protestantisme eut un tout autre retentissement ; on eût dit que Louis XIV, en sévissant jusqu'au bout à l'égard des calvinistes de son royaume, poursuivait un double résultat : d'une part il semblait vouloir faire preuve d'énergie catholique comme roi alors que comme simple fidèle il contristait l'Église par le scandale de ses mœurs privées; d'autre part, tandis qu'il résistait au souverain pontife sur le terrain des prétendues libertés gallicanes, il cherchait à bien mériter de Rome par la destruction de l'hérésie en France. Si l'on prend la peine de relire les considérations que nous avons déjà présentées en racontant les premiers actes qui, chez le gouvernement, indiquaient la

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ferme résolution de révoquer i'édit de Nantes, on verra également que Louis XIV, en suivant cette marche, agissait selon les idées de son siècle et ne faisait que céder aux réclamations de la société catholique. Nous avons dit ailleurs et nous maintenons ici que, pour juger en connaissance de cause les actes du gouvernement de Louis XIV dans une pareille question, il faut se dégager des idées qui , de nos jours, sont en possession de la popularité et du droit, principe de la tolérance en matière de culte ne remonte pas au delà de 1789; avant cette époque il n'était inscrit dans la législation d'aucun peuple de l'Europe. Prenons les choses, les idées et les hommes du dix-septième siècle pour ce qu'ils étaient alors ; il n'y a pas d'autre moyen d'être justes.

Sur ces entrefaites , Louis XIV eut encore une occasion nouvelle de faire peser sur le pape, considéré comme souverain temporel, l'oppression de la force et de l'orgueil.

Les franchises dont jouissaient à Rome les hôtels des ambassadeurs des différentes couronnes dérobaient souvent les malfaiteurs à la sévérité des lois. Innocent XI , justement blessé de cet odieux privilège , entreprit de l'abolir, et lança , en 1687, une bulle portant menace d'excommunication contre tous ceux qui refuseraient de s'y conformer. La vanité de Louis XIV s'indigna de cette mesure , d'ailleurs si nécessaire à la sécurité des habitants de Home et si conforme aux notions de l'équité. M. d'Estrées, son ambassadeur à Rome , étant venu à mourir, le marquis de Lavardin fut envoyé pour le remplacer, avec ordre de main-

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tenir les franchises dont ses prédécesseurs avaient joui. Il fit son entrée dans Rome le 16 novembre, et notifia, en prenant possession de son palais, les ordres dont il était chargé. Le pape , ainsi bravé dans sa capitale , refusa d'admettre en sa présence l'ambassadeur de France, comme ayant encouru l'excommunication. L'ambassadeur, pour le braver, affecta , le jour de Noël , de communier dans l'église de Saint-Louis, qui fut interdite le lendemain.

La nouvelle de ce qui se passait à Rome étant arrivée en France , le procureur général du Parlement appela comme d'abus, le 22 janvier 1688, de la bulle du pape au sujet des franchises. Le 7 octobre suivant, le roi se saisit du comtat d'Avignon. Cette situation violente du roi vis-à-vis des souverains pontifes se prolongea durant quelques années, au bout desquelles Louis XIV, cédant à des conseils plus dignes de sa gloire, se désista d'une prétention abusive et contraire au droit des gens. D'autres soucis appelaient ailleurs son attention.

APPENDICE

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