LE CARACTERE OU LE PORTRAIT DE LA REIJJE-MRRE
Anne-Marie-Maurice d'Autriche , fille de Philippe III , roy d'Espagne ,
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fut mariée à Louis XIII, Roy de France et de Navarre. Le mareschal d'Ancre fit ce mariage , et mena le Roy à Bordeaux pour ce sujet , tandis qu'une armée amusoit la ligue des princes en Champagne. Elle a esté longtemps sans enfants , et enfin elle a eu le Roy et Monsieur seulement , sans aucune fille ny autres masles. Après la mort de Louis XIII, elle se fit déclarer régente, et s'est servie des conseils et de l'administration de monsieur le cardinal Mazarin durant le terme de sa régence et delà minorité du Roy. Le commencement de son ministère fut assez heureux et assez paisible ; car, pour gagner l'amitié des grands , il versoit les grâces du Roy a pleine main et sans beaucoup de discernement , se contentant d'engager plusieurs personnes à son party, en leur faisant part de sa faveur et de son autorité. 11 pensa d'abord aussi à s'appuyer par des grandes alliances , et pour cela il fit venir de ses neveux et de ses nièces, et autres de ses parents , qu'il fit élever à la cour et à l'air de France , dans la grandeur et dans les hautes espérances pour l'avenir. Mais nous parlerons de ce ministre dans un chapitre que nous ferons de lui et de sa conduite.
La Reine-mère est une princesse vertueuse, bonne , d'un esprit pacifique et d'une piété exemplaire ; elle ne manque point de résolution ny de conduite pour les grandes affaires , ny de bonne volonté pour le bien public. Elle a fait voir cette haute fermeté devant les troubles de sa régence , lorsqu'elle voulut employer la force contre Paris , et qu'elle dit à monsieur le Prince , à son retour de la bataille de Sens : « Souffrirezvous que l'on fasse affront à l'autorité du Roy (parlant des barricades, et de ce qu'il avoit fallu relascher monsieur Brousselle aux cris d'une populace émue ) ? Cette atteinte vous regarde. ■ Monsieur le Prince respondit : « Madame , voilà mon épée pour le service du Roy , et vous n'avez qu'à commander. » Elle fit voir encore beaucoup de résolution dans l'entreprise sur les Princes , qu'elle fit ai rester par son capitaine des gardes ; mais son courage parut principalement après l'éloignement du cardinal Mazarin , qu'elle prit en mains les resnes de l'Estat, qu'elle gouverna au milieu de la tempeste , qu'elle fit déclarer le Roy majeur, après avoir poussé monsieur le Prince en Guyenne , et qu'elle fit arrester monsieur le cardinal de Retz après l'avoir flatté du ministère. Enfin elle parut ce qu'elle estoit , c'est-à-dire bonne et pacifique dans le fond de l'âme, lorsqu'elle a pardonné à ses ennemis sans avoir jamais voulu se ressentir d'aucune injure , et qu'elle a voulu la paix, malgré l'intention du cardinal, jusqu'à luy commander de la faire en faveur de toute la chrestienneté. Elle est magnifique , sans luxe , et fait gloire de son origine et de son alliance ; elle a une piété exemplaire , et ses fréquentes dévotions ne sentent rien d'affecté ny de sévère ; elle montre sa vertu sans déguisement et prend plaisir à faire du hien de la bonne sorte , afin d'attirer tout le monde à la vertu par son exemple. Elle a fait
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bastir le Val-de-Grâce pour sa retraitte, et comme une sainte solitude où elle va chercher Dieu loin de rembarras de la cour et de la confusion des affaires ; elle fait beaucoup de charité à des pauvres couvents et communautez, et leur donne de quoy vivre et subsister dans la dévotion , dans l'article et dans les autres exercices honnestes. Elle a toujours entretenu, le plus qu'il luy a esté possible , la bonne intelligence dans la maison royale , et s'est toujours maintenue par sa vertu de mère du Roy de France , de sorte qu'elle retient encore aujourd'hui cette aymable autorité sur l'esprit d'un puissant Roy et d'un grand prince, qui l'honorent tous deux parfaitement. Elle a fait le mariage du Roy avec la fille du Roy d'Espagne, son frère , à présent régnant , et les a remis par ce moyen en une parfaite intelligence , au grand contentement de leurs peuples et de toute la chrestienneté. Elle a fait paroistre beaucoup de modération dans le pouvoir et dans l'abondance de toutes choses , et , dans un siècle perverty qui court après les richesses sans que rien puisse l'arrester de remplir son avidité, elle est demeurée seule sans amasser aucun trésor, et s'est contentée de ce que la nature, le droit et sa qualité luy donnent légitimement.