‹ Histoire de FranceChapitre 19 sur 192 · I861-I664] ARRÊT DE LA COUR · texte numérisé non relu

I861-I664] ARRÊT DE LA COUR

en finir, c'étoit une méchante pensée, indigne d'un homme d'honneur (i). » En terminant ce long exposé des charges et des preuves judiciaires, le rapporteur concluait en ces termes :

« Par toutes ces considérations , il y a lieu de déclarer l'accusé duemenl atteint et convaincu d'abus et malversations par lui commises aufaict des finances; pour réparation de quoy, ensemble pour les autres cas résultant du procès, d'ordonner qu'il sera banny à perpétuité hors du royaume, enjoint à lui de garder son ban à peine de la vie , ses biens confisqués. »

Quand M. d'Ormesson eut parlé, l'un de ses collègues, M. de Sainte-Hélène, prit à son tour la parole. Contrairement aux conclusions du rapporteur, ce juge demanda que Fouquet fût condamné au dernier supplice. Les différents membres de la chambre eurent ensuite, et l'un après l'autre, à se prononcer; ils le firent verbeusement, et la délibération se prolongea jusqu'au 19 décembre. Ce jour-là, neuf juges ayant conclu à la peine de mort, douze au bannissement perpétuel, un à l'emprisonnement , l'arrêt fut rendu en ces termes:

« La chambre a déclaré et déclare ledit sieur Fouquet duement atteint et convaincu d'abus et malversations par lui commises au faict des finances ; pour réparation de quoy, ensemble pour les autres cas résultant du procès, l'a banni à perpétuité hors du royaume, enjoint à lui de garder son ban sous peine de la vie,

(1) Registres de la chambre de justice, procès Fouquet, 3e volume, p. 168 et 169.

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a déclaré tous ses biens confisquez au roi , sur iceux prélablement pris la somme de cent mille livres applicables moite au roi et l'autre moitié en œuvres pies. »

Le roi s'étonna d'un arrêt qui servais si mal ses volontés sévères; n ayant pu obtenir une condamnation capitale, il invoqua contre Fouquet la raison d'État, et, au mépris <J g droit et de la justice, il aggrava la peine et la changea en celle de la détention perpétuelle dans une forteresse. Fouquet fut sans retard transféré à Pignerol. Nous verrons qu'ils y mourut en i68if après vingt ans de captivité.

En dehors de la disgrâce , du procès et de la condamnation de Fouquet, d>utres incidents avaient préoccupé l'attention publique : les uns se rattachaient a la fortune des courtisans , les antres à Ja grandeur du roi et à la puissance extérieure de la France.

Le icr janvier 1662 Louis XIV fit upe promotion de chevaliers du Saint-Esprit; il y avait vingt-neuf ans qu'il ne s'en était fait aucune. Les chevaliers de l'Ordre recon naissaient pour grand-maître et souverain leroi. Désignés comme novicçs dans les six mois qui précédaient leur réception, ils entraient en chapelle le jour de la Pentecôte. Pour être chevalier de l'Ordre il fallait faire preuve de noblesse en plusieurs quartiers, et le maréchal Fabert eujl la modestie de refuser d'y entrer, car, sorti des rangs de l'armée , il n'avait d'autre illustration que son épée. Le roi voulait Je dispenser des preuves; mais Fabert persista , et ne voulut point violer les statuts de l'Ordre (1). « Je ne veux pas, manda-t-il

{1) La lettre de Fabert se trouve textuellement copiée dans le recueil de gravures manuscrites. Biblioth. imper., ad ann. 1662.

INCIDENTS. ô3

au ministre de Louis XIV, que mon manteau soit décoré par une croix et mon nom déshonoré par une imposture. » Le roi écrivit de sa main à l'illustre capitaine pour lui dire combien un tel refus lui inspirait d'estime. Peu de jours après il y eut aussi une promotion de ducs et pairs, dignité alors très-ambitionnée, parce qu'elle donnait droit à tous les honneurs de la cour; les ducs étaient en France ce que les grands étaient ën Espagne; les dignitaires s'asseyaient en présence du roi, comme la grandesse restait le chef couvert devant la royauté , en souvenir «Jes vassaux dont la puissance avait jadis balancé celle des rois. La promotion s'éleva au nombre de quatorze ; c'était considérable sans doute , mais il s'agissait aussi de briser la majorité du parlement : les ducs y avaient siège au même degré que les présidents à mortier ; ils délibéraient avec les magistrats, ils prenaient part à toutes les séances, et dans les lits de justice leur voix était comptée.

Pans le cours de l'année qui venait de s'écouler, plusieurs alliances princières avaient eu lieu. Monsieur, frère du roi, avait épousé Henriette d'Angleterre, sœur de Charles II, roi d'Angleterre, et comme lui fille de Charies 1er, décapité à White-Hall. Louis XIV, à l'occasion du mariage de son frère, conféra à ce jeune homme le titre de duc d'Orléans. C'est de ce prince que descendent les membres de la lamille royale qui a occupé le trône de France à Ja suite de )a révolution de juillet i83o et jusqu'à la révolution de février 1848. Vers le même temps Marguerite 4'Orléans , première fille de Gaston ,

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épousa le prince de Côme, fils aîné du grand-duc Ferdinand II de Toscane. Cette union ne devait pas être calme et heureuse , et, loin de consolider la puissance des Médicis , elle amena l'extinction de cette maison souveraine.

Le traité des Pyrénées avait mis fin aux grandes luttes entre la France et l'Espagne, mais il existait toujours entre les deux puissances des germes de rivalité et de jalousie. On ne se faisait point la guerre, mais par la diplomatie ou l'intrigue on travaillait à se nuire réciproquement, et en agissant ainsi on croyait se maintenir dans la limite rigoureuse du droit des couronnes. La cour de France, du moins, à en juger par le langage même de Louis XIV, se faisait peu scrupule de garder envers l'Espagne une attitude malveillante.

« L'état des deux couronnes de France et d'Espagne, écrivait ce roi, est tel aujourd'hui et depuis longtemps, dans le monde, qu'on ne peut élever l'une sans abaisser l'autre, qui n'a presque jamais rien à craindre que par là. Cela fait entre elles une jalousie qui , si je l'osois dire, est essentielle, et une espèce d'inimitié permanente que les traités peuvent couvrir, mais qu'ils ne sauroient jamais éteindre, parce que le fondement en dure toujours , et que l'une d'elles travaillant contre l'autre ne croit pas tant nuire à autrui que se maintenir et se conserver soi-même, qui est un devoir si naturel qu'il emporte facilement tous les autres. — A dire la vérité et sans déguisement, elles n'entrent jamais qu'avec cet esprit dans aucun traité. Quelques clauses spécieuses qu'on y mette

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