‹ Histoire de FranceChapitre 20 sur 192 · LOUIS XIV ET L'ESPAGNE · texte numérisé non relu

LOUIS XIV ET L'ESPAGNE

d'union, d'amitié, de se procurer toutes sortes d'avantages , le véritable sens que chacun entend fort bien de son côté, par l'expérience de tant de siècles , est qu'on s'abstiendra au dehors de toute sorte d'hostilités et de toutes démonstrations publiques de mauvaise volonté; car, pour les infractions secrètes et qui n'éclateront pas, l'un les attend toujours de l'autre et ne promet le contraire qu'au même sens qu'on le lui promet. Ainsi on pourroit direqu'en se dispensant également d'observer les traités à la rigueur on n'y contrevient pas, parce qu'on n'a point pris à la lettre les paroles des traités, quoiqu'on ne puisse employer que celles-là, comme il se fait dans le monde pour celles des compliments, absolument nécessaires pour vivre ensemble, et qui n'ont qu'une signification bien audessous de ce qu'elles sonnent (i). »

Cette interprétation donnée au droit des gens , en matière de traités internationaux , paraîtra peut-être large ou du moins fort peu gênante; mais Louis XI Vr ne faisait que traduire en termes clairs et naïfs ce qui lui semblait être la conséquence nécessaire des faits eux-mêmes. L'Espagne, à laquelle, pour le moment, il appliquait ces paroles , ne les avait que trop justifiées par son attitude envers la France. Depuis Charles- Quint, depuis Ferdinand le Catholique, bien que liée par les traités de paix les plus formels , bien que soumise en apparence à la lettre même de ces contrats politiques, elle n'avait cessé de fomenter en France les guerres civiles, les guerres de religion, les révoltes féo-

(i) Mémoires de Louis XI F, t. Ier, p. 6^.

dales, les attentats des princes rebelles; elle s'était fait une loi de donner asile aux mécontents, de leur faire passer en secret des armes ou des subsides , et de profiter des troubles intérieurs , parfois suscités par elle , pour ruiner au dehors l'influence de notre pays et substituer, s'il était possible , la dynastie autrichienne à la maison régnante de France.

« Je ne pouvois donc douter, ajoutait Louis XIV, que les Espagnols n'eussent violé les premiers et en mille sortes le traité des Pyrénées, et j'aurois cru manquer à ce que je dois à mes États si , en l'observant plus scrupuleusement qu'eux, je leur laissois ruiner le Portugal , pour retomber ensuite sur moi avec toutes leurs forces et me redemander, en troublant la paix de l'Europe, tout ce qu'ils m'avoient cédépar ce même traité. Les clauses par où ils me défendoient d'assister cette couronne encore mal affermie, plus elles étoient extraordinaires, réitérées et accompagnées de précautions, plus elles marquaient quon riavoit pas cru que je ni en dusse abstenir; et tout ce que je croyois leur devoir déférer étoit de ne le secourir (le Portugal ) que dans la nécessité, avec modération et retenue (i). »

Ainsi rassuré contre les reproches de sa conscience, Louis XIV se mit à l'aise dans la question du Portugal; il réconcilia ce royaume avec la Hollande et détermina le roi d'Angleterre à épouser une princesse de la maison de Bragance , s'engageant vis-à-vis Charles II à lui faire passer chaque année deux cent mille écus destinés à secourir l'indépendance des Portugais.

(i) Mémoires de Louis XIF, t, i, p. 64.

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