‹ Histoire de FranceChapitre 2 sur 192 · LOUIS XIV TIENT SES RÉSOLUTIONS · texte numérisé non relu

LOUIS XIV TIENT SES RÉSOLUTIONS

à réformer; une infinité de choses y contribuoient : les charges remplies par le hasard et par l'argent plutôt que par le choix et par le mérite; peu d'expérience en une partie des juges, moins de savoir; les ordonnances de mes prédécesseurs sur l'âge et le service éludées partout; la chicane établie par une possession de plusieurs siècles, fertile en inventions contre les meilleures lois.... Mon conseil même, au lieu de régler les autres juridictions, ne les dérégloit que trop souvent par une quantité étrange d'arrêts contraires, tous également donnés sous mon nom et comme par moi-même , ce qui rendoit le désordre beaucoup plus honteux.

« Tous ces maux ensemble , ou leurs suites et leurs effets , retomboient principalement sur le bas peuple, chargé d'ailleurs d'impositions , et pressé de la misère en plusieurs endroits , incommodé en d'autres de la propre oisiveté depuis la paix , et ayant surtout besoin d'être soulagé et occupé. »

Cette esquisse, rapidement tracée de la main de Louis XIV, indique assez que la situation delà France, à la mort de Mazarin , n'était point exempte de difficultés, et qu'elle exigeait, de la part du roi, une énergie conseillée par la sagesse, une volonté fortifiée par la persévérance. La question politique était résolue ; il ne s'agissait plus que de mettre à l'œuvre l'autorité souveraine et de justifier la dictature monarchique en lui faisant enfanter l'ordre , la sécurité, le bienêtre. Louis XIV se dévoua à cette tâche. Bien que sollicité par les passions auxquelles il s'abandonna trop souvent , il eut , à ses heures de gouvernement

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et de travail, le profond sentiment des devoirs que lui imposait la dignité royale. Comme il était doué, à un haut degré, de l'instinct du beau et du bon , il se crut puissant et fort pour le service de son peuple, plus encore que pour la satisfaction de ses convoitises personnelles. Il reprit le labeur administratif au point d'interruption où il était resté depuis la mort de Henri IV. Sans posséder une grande portée de vue, il s'attacha à l'étude des affaires avec une remarquable faculté d'application, et, à force de patience et de bon sens , il suppléa à ce que son édution politique avait eu d'imparfait. Entré dans cette voie avec la résolution de prendre pour règle le bien public, de tout sacrifier à l'intérêt générai (i), il se

(i) Un écrit de Louis XIV , tout entier de sa main , est intitulé : Jfcflexions sur le métier de roi; on y trouve comme têtes d'articles les maximes suivantes : Tout rapporter au bien de l'État. — L'intérêt de l'État doit marcher le premier. — Penser à tout. — Se garder de soimême. (OEuvres fie Louis XI Vt t. II, p. k$6.) — Ici je ne vous dirai pas seulement que c'est toutefois par là ( par le travail ) que l'on règne , pour cela qu'on règne , et qu'il y a de l'ingratitude et de l'audace à l'égard de Dieu, de l'injure et de la tyrannie à l'égard des hommes, de vouloir l'un sans l'autre. ( Mém. de Louis XI Vy iùid.t t. I, p. 19.)

« J'ai toujours considéré , dit-il , comme le plus doux plaisir du monde la satisfaction qu'on trouve à faire son devoir. J'ai même souvent admiré comment il sepouvoit faire que l'amour du travail, étant une qualité si nécessaire aux souverains , fût pourtant une de celles qu'on trouve plus rarement en eux. (OEuvres de Louis XIV t t. I, p. io5. ) — Quand j'ai pris le gouvernement de mon royaume , j'ai bien vu que ma réputation alloit être à la merci de tout le monde, qui peut-être ne me rendroit pas toujours justice. Mais , comme je ne songe qu'à me bien acquitter de tout ce que je dois à mes peuples et à ma dignité, j'ai méprisé , pour faire mon devoir, toutes les autres gloires. J'ai cru que la première qualité d'un roi étoit la fermeté, et qu'iljne devoit jamais laisser ébranler sa vertu par le blâme ou par les louanges ; que , pour bien gouverner son

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