‹ Histoire de FranceChapitre 23 sur 192 · PROTESTATIONS RÉCIPROQUES · texte numérisé non relu

PROTESTATIONS RÉCIPROQUES

par le roi de Sicile, elle étoit au profit des rois de France, puisque Charles d'Anjou , neveu et successeur de René , n'ayant point d'enfants , avoit fait les rois Louis XI et Charles VIII ses héritiers ; qu'ainsi le feu roi et Louis XIVe du nom, son fils aujourd'hui régnant, avoientpu succédera leurs droits; quec'étoit se contredire que d'alléguer la succession des femmes après avoir voulu établir celle des mâles ; qu'au reste , à quelque titre que le duc Charles tînt ses États , en ayant été dépouillé par le feu roi, ils ne lui avoient été rendus que par indulgence ; que, se trouvant un moyen légitime de les réunir à la couronne par un traité, Sa Majesté pour l'intérêt de son État devoit s'en servir, et que les conditions accordées aux princes lorrains leur étoient avantageuses, puisqu'elles leur procuroient l'honneur d'être réputés du sang de France. »

Cette dernière clause , ainsi qu'on vient de le reconnaître , était excessive et même illusoire, en ce qu'elle dépassait la limite des pouvoirs de Louis XIV lui-même, un roi ne devant pas légitimement s'attribuer le droit de désigner la dynastie qui remplacerait la sienne, et le traité du 6 février méconnaissant, sous ce rapport , les privilèges inaliénables de la noblesse et de la nation françaises. Le duc de Vendôme, au nom de son aïeul Henri IV, protesta contre la stipulation qui reconnaissait aux princes lorrains les droits éventuels de princes de la maison royale de France, héritiers de la couronne ; les princes de Courtenay, qui descendaient de Pierre , septième fils de Louis le Gros , saisirent aussi cette occasion de faire valoir leurs

prétentions à l'hoirie royale, prétentions toujours repoussées depuis Philippe de Valois (ï). Quant aux ducs et pairs de France, ils présentèrent au roi un placet en vertu duquel ils remontraient à Louis XIV que la grâce accordée aux princes lorrains « blessoit la première dignité du royaume ; que plus d'une fois, dans les temps passés, les princes du sang et les rois mêmes des autres royaumes avoient été précédés par les pairs au sacre des rois, aux assemblées des parlements, etc , ; qu'ils espéroient que Sa Majesté nepermettroit pas sous son règne qu'ils souffrissent quelque diminution en leurs droits ni en leur rang. » Se contentant d'avoir repoussé les réclamations des princes de la maison de Lorraine, Louis XIV reconnut pour valables celles des princes et des grands du royanme de France, et promit de conserver et de maintenir les droits légitimes en la possession desquels ils se trouvaient placés avant la conclusion du traité du 6 février 1662.

Un traité non moins important , conclu avec le roi d'Angleterre, donna Dunkerque à la France. La possession de cette place maritime complétait dignement la paix des Pyrénées. Dunkerque était comme la clef de la Picardie et de la Flandre. La cession se fit à la France par le roi Charles II, au prix d'un subside de cinq millions. La première proposition qui en fut faite au roi d'Angleterre se rattacha aux négociations à la suite desquelie Monsieur, frère de Louis XIV, avait épousé la princesse Henriette. Le comte d'Estrades s'en acquitta avec

(1) Voira l'appendice une notice assez complète sur la famille de Courte"3)»

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