‹ Histoire de FranceChapitre 24 sur 192 · DUNKERQUE RENDU A LA FRANCE · texte numérisé non relu

DUNKERQUE RENDU A LA FRANCE

succès. Au fond, les relations intimes entre Louis XIV et Charles II dataient de l'exil de ce prince en France, et, pour se maintenir sur son trône à peine relevé, Charles II avait besoin de la protection de Louis XIV. Le comte d'Estrades « lui insinua doucement que, dans la conjoncture d'alors, l'amitié de la France devoit être plus considérable à Sa Majesté qu'aucune autre chose du monde, et que le véritable moyen de l'acquérir d'une manière ferme et assurée éloit de lui vendre Dunkerque , place qui , tout importante qu'elle fût par elle-même, ne convenoit point à l'Angleterre et ne lui pourroit servir à l'avenir que d'une occasion de guerre comme elle l'avoit été à ses prédécesseurs. » Charles II avait sujet de trouver ces raisons plausibles ; il était alors aux prises avec son parlement , en présence de ses Communes parcimonieuses et mécontentes; la monarchie anglaise était travaillée par les sectes diverses, par les vieilles opinions qui restaient comme un débris des temps deCromwell et de la république ; le roi avait besoin d'argent pour enrichir ses favorites et se rattacher des partisans armés. Qu'était-ce à ses yeux, au prix d'intérêts semblables , que la possession , sur l'Océan , d'un port que la France ne cesserait de lui disputer, fallût-il entreprendre plusieurs guerres? sans se mettre en peine du vœu de ses sujets, il vendit Dunkerque à la France ( 27 octobre 1662 ). A coup sûr un pareil acte ne fut point de nature à reconquérir pour les Stuarts l'estime et les sympathies de la Grande- Bretagne ; mais Charles II, entraîné par les nécessités de sa situation, dut chercher dans Louis XIV une alliance monarchique, une force suffisante pour se soutenir

en Angleterre poutre les partis. Charles II et Louis XIV avaient, en outre, un intérêt commun ; l'un et l'autre voulaient amoindrir ou ruiner la Hollande, dont la prospérité naissante faisait ombragea leurs royaumes, et qui servait, contre l'un et l'autre prince, de foyer d'opposition et de révolte. Sous ce rapport les choses allèrent si loin qu'un traité de partage des Pays-Bas hollandais fut signé à Londres par le comte d'Estrades et ratifié par Louis XIV. Dunkerque était un prix donné à la France pour l'appui qu'elle prêtait à la maison des Stuartsen subsides et en hpmme. Dunkerque devenait en outre un point militaire d'occupation dans la campagne que préparaient en commun contre ]f| Hollande Charles II et Louis XIV (i).

Les Hollandais ignoraient encpre J'exjstence de ce traité , mais l'instinct de leur propre intérêt leur avait fait appréhender les résultats de la cession de Dunkerque au roi de France. Louis XIV ayant accordé franchise à ce port , ils s'en plaignirent comme d'une atteinte portée à la liberté de leur commerce, établi par un traité d'amitié, de confédération et de navigation récemment conclu (27 avril 1662 ) avec Ja France. Louis XIV n'eut garde de s'arrêter à des réclamations mal fondées en droit , et qui arrivaient d'autant plus

(1) Voir le texte du traité du 27 octobre 1662 et les dépêches originales du comte d'Estrades. — Une médaille de Tannée 1662 représente la ville de Dunkerque aux pieds de Louis XIV : Dunquerca recuperata. — Providentia principis. — Une Renommée avec cette devise :

Monde, viens voir ce que je voi, Et ce que le soleil admire:

Rome dans un palais, dans Paris un empira, Et tous les Césars dans un roi.

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