‹ Histoire de FranceChapitre 30 sur 192 · LE ROI ET SA COUR · texte numérisé non relu

LE ROI ET SA COUR

adversaire , abandonné de ses anciens alliés , le duc de Lorraine fit sa soumission, et conclut à Metz , le 3i août i663, un traité par lequel il s'engageait à remettre au roi, sous trois jours, Marsal, pour être démoli. Cette campagne de huit jours ajouta peu de titres à la gloire militaire de Louis XIV.

Les Mémoires contemporains portent tous l'empreinte du scandale que causait alors la passion du roi pour mademoiselle de la Vallière. Malgré les remords de sa conscience, malgré les larmes de la jeune reine et les pieux conseils de la reine-mère, Louis XIV en était venu à laisser éclater au dehors cet amour adultère, qui trouvait à la cour de nombreux complaisants et, en quelque sorte, des admirateurs. Cédant à l'entraînement de son cœur, le roi imposait silence à sa femme indignée. Il poursuivait mademoiselle de La Vallière jusque dans les retraites saintes où elle allait chercher un refuge contre sa propre faiblesse ; il multipliait les fêtes , les splendides carrousels, les bals, les représentations scéniques qui lui fournissaient l'occasion de voir sa maîtresse, de l'élever au-dessus de toutes les dames de la cour, de lui faire oublier, dans l'orgueil elle plaisir, le sentiment amer de ses fautes; et l'entourage royal se prêtait

des charognes corrompues , et conclud par ces paroles : Il est impossible que la plus grande part des villageois ne meurent de faim , et il faut que les terres demeurent sans semer si le bourgeois ne conduit luy-mesme sa charrue. Je pardonne à ceux qui ne croient pas nos misères, parce que nos maux sont au-dessus de toutes les pensées....

« (jeux qui voudront estre des bénis de Dieu eni*oycront leurs aunios-

nes à MM. les curez ou à Mesdames » ( Suivent les noms des daines

désignées à la fin du premier avis. )

si docilement à ces regrettables caprices qu'on mettait d'avance au rangdes princes les enfants auxquels la favorite du roi allait donner le jour. Anne d'Autriche, profondément contristée de ces désordres, s'était retirée au Val-de-Gràce, pour cesser d'en être le témoin, et, déjà atteinte d'une maladie incurable, elle passait dans de religieux exercices les dernières années de sa vie.

Aux yeux des courtisans, très-indulgents pour les amours du prince , Louis XIV , à peine âgé de vingtcinq ans, avait alors toutes les qualités d'un gentilhomme accompli : il était d'une taille peu élevée, mais bien prise; il la relevait par de hauts talons rouges , signe de la race noble ; la mode de la grande perruque n'était point venue encore, et le roi brillait par sa chevelure châtain-brun et épaisse, qu'il portait longue et flottante comme les rois de race franque. Son nez était grand et bien fait, sa bouche agréable, ses yeux bleus plus majestueux que vifs. H montait à cheval avec grâce; il aimait les fatigues de la chasse et les travaux de la guerre. Sa voix avait quelque chose d'accentué et de lent qui imprimait un indicible respect autour de lui. 11 avait l'esprit vif, mais il s'était tellement habitué à la gravité, à la lenteur, qu'il mettait du flegme et de la réflexion dans toutes ses réponses. Il se contenait parfaitement ; il disait rarement des choses dures; mais il prenait des résolutions soudaines, élevait haut ou frappait de disgrâce les gentilshommes qui l'entouraient, et, une fois ses résolutions prises, il en revenait difficilement. Il avait de la sagacité dans l'esprit, mais une si puissante opinion de lui-même qu'il se laissait peu diriger par

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