‹ Histoire de FranceChapitre 31 sur 192 · MONSIEUR, FRÈRE DL ROÎ · texte numérisé non relu

MONSIEUR, FRÈRE DL ROÎ

les conseils. On aurait dit que le roi avait fatigue de toute domination ministérielle ; il avait souvenir de Louis XIII sous Richelieu, de son enfance à lui-même sous Mazarin ; il voulait constater aux yeux des peuples qu'il était roi (i).

Depuis quelques années, Gaston d'Orléans, oncle du roi , était mort dans l'obscurité de sa disgrâce , et après avoir joué durant sa vie le triste rôle de factieux sans dignité, sans esprit et sans courage ; sa fille , la célèbre Mademoiselle , rappelait mal par sa conduite la résolution de caractère et la fermeté rare qui l'avaient conseillée durant les troubles de la Fronde , soit que son orgueil eût choisi une autre route, soit que le théâtre manquât à son ambition. Gaston n'ayant laissé aucun fils, son titre de duc d'Orléans avait passé à Monsieur, frère de Louis XIV. Ce jeune prince avait montré dans son enfance plus de dispositions que le roi son frère. La Mothe-le-Vayer, chargé de son éducation , s'acquittait de cette tâche avec zèle et discernement; mais on assure que Mazarin lui dit un jour : « De quoi vous avisez-vous de faire un habile homme du frère du roi ? S'il devenait plus savant que le roi il ne saurait plus obéir. » On ajoute que l'astucieux ministre ne fut que trop obéi , et Philippe de France cessa d'être élevé comme il convenait au premier prince du sang. «Ce prince , disent les Mémoires de madame de Motteville, eut del'esprit aussitôt qu'il put parler. Lahettetéde ses pensées était accompagnée de deux belles inclinations qui commençoient à paraître en lui , et qui sont

(i) M. Capefigue.

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nécessaires aux personnes de sa naissance : la libéralité et l'humanité. Il seroit à désirer qu'on lui eût ôté les vains amusements qu'on lui a soufferts dans sa jeunesse. » Dès son enfance le frère de Louis XIV recherchait la compagnie des dames de la cour ; il se plaisait à les parer et à les coiffer ; il savait ce qui seyait à rajustement mieux que les femmes les plus empressées d'inventer de nouvelles parures. « On n'a jamais vu, dit la princesse palatine , deux frères plus différents que le roi et Monsieur : le roi étoit grand et cendré ; il avait un air mâle et une belle mine. Monsieur étoit très-petit ; il avoit les cheveux et les sourcils très-noirs, de grands yeux d'une couleur foncée , un visage long et assez étroit, un grand nez , une bouche trop petite et de vilaines dents. Il n'aimait qu'à jouer, tenir un cercle , bien manger, danser et se parer, en un mot tout ce qu'aiment les femmes. »

Il avait épousé Henriette d'Angleterre, sœur de Charles 11, princesse à la fois gracieuse et spirituelle. « Sans être d'une beauté parfaite, disent les Mémoires du temps, elle étoit, par ses manières et son enjouement, tout à fait aimable ; on ne la quittoit pas sans être content de ses propos obligeants et de son honnêteté. Elle avoit infiniment de grâces, s'habilloit et coiffoit d'un air qui convenoit à toute sa personne ; de manière qu'on la louoit de bonne foi sur sa belle taille, quoiqu'elle l'eut bien gâtée (i). »

Le roi, qui l'avait dédaignée dans son enfance, lui

(i) La Fayette, t. I, p. 4* e* 58. — Motteville, t. V, p. 177. — Mademoiselle, t. VI, p. 41. — Choisy, p. i5i. — D'Argeu&ou, p. 378.

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