LA DUCHESSE D'ORLÉANS
trouva, quand elle fut devenue sa belle-sœur, des goûts si assortis aux siens qu'il en fit sa compagne ordinaire. Comme il tenait sa cour tantôt chez elle, tantôt chez la comtesse de Soissons, toutes deux se lièrent d'une amitié étroite. La jeune reine n'était pas de leurs amusements. Attachée à la reine-mère, qu'elle ne quittait pas, pieuse, plus retirée peut-être qu'il ne convient à une reine de France, elle était, pour ainsi dire, avare de la personne du roi ; elle aurait voulu le posséder seule, et elle souffrait plus de le voir, dans les divertissements, entouré d'autres femmes, qu elle n'y prenait de plaisir (i).
(i) Anquetil, Louis XI F, sa cour, etc.
$ vi. Sixième période di règne. Administration de Colrert. Gouvernement dr Louis xiv ( 1661-1672).
Des soins plus dignes de la grandeur de Louis XIV absorbaient le jeune roi durant les heures, d'ailleurs fort longues, qu'il donnait à ses devoirs publics. Au milieu des entraînements de la passion et du plaisir il ne cessait de répartir son temps entre le travail et les fêtes de manière à rester lui-même à la tête de son gouvernement et à conduire le pays autant qu'il dépend d'un souverain. L'histoire doit lui tenir compte de la vigilance et de la volonté persévérante qui présidèrent à toutes ses actions comme chef d'empire.
« La plupart des princes, dit-il lui-même, parce qu'ils ont un grand nombre de serviteurs et de sujets, croient n'être obligés à se donner aucune peine , et, ne considérant pas que, s'ils ont une infinité de gens qui travaillent sous leurs ordres, ils en ont infiniment davantage qui se reposent sur leur conduite , et qu'il faut beaucoup veiller et beaucoup travailler pour empêcher seulement que ceux qui agissent ne fassent rien que ce qu'ils doivent faire, et que ceux qui se reposent ne souffrent rien que ce qu'ils doivent souffrir (i). » Il ajoute ensuite : « Toutes ces différentes conditions dont le monde est composé ne sont unies les unes aux autres que par un commerce réciproque de devoirs. Ces obéissances et ces respects que nous rece-
(i) Mémoires historiques de Louis XIV , 1. 1, ann. ififii.