‹ Histoire de FranceChapitre 33 sur 192 · LOUIS XIV GOUVERNE · texte numérisé non relu

LOUIS XIV GOUVERNE

vons de nos sujets ne sont pas un don gratuit qu'ils nous font, mais un échange avec la justice et la protection qu'ils prétendent recevoir de nous. Comme ils doivent nous honorer, nous les devons conserver et défendre, et ces dettes dont nous sommes chargés envers eux sont même d'une obligation plus indispensable que celles dont ils sont tenus envers nous (i). »

Ce sont là de belles et graves paroles; elles font pardonner à Louis XIV beaucoup d'erreurs ; elles démontrent, dans tous les cas, qu'il eut conscience de la fonction des rois. Sa résolution d'agir en tout selon la règle du devoir était profonde et sincère ; par malheur il n'eut pas la force de suivre toujours la loi morale qu'il s'imposait. En voulant ne faire qu'une même chose de son propre bonheur et du bien de l'État il inclina trop à confondre l'État avec lui-même, à l'absorber dans sa personne. Trop souvent il prit la voix de ses passions pour celle de ses devoirs , et ce qu'il se vantait d'aimer le plus, l'intérêt général, fut sacrifié par lui à son intérêt de famille, à une ambition sans bornes, à un amour déréglé pour l'éclat et pour la gloire (a). Sa longue vie le montre de plus en plus entraîné sur cette pente périlleuse. On le voit d'abord modeste et en même temps ferme d'esprit, aimant les hommes supérieurs et cherchant les meilleurs conseils(3); puis, préférant qui le flatte à qui l'é-

(i) Mémoires historiques de Louis XIV, t. I, anii. 1661.

(a) Voy. l'Introduction du bel ouvrage de M. Mignet : Négociations relatives à la succession d'Espagne, sous Louis XIV.

(3) « Délibérer à loisir sur toutes les choses importantes et en prendre conseil de diverses gens n'est pas, comme les sots t'imaginent , un témoi- T. xiv. 7

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claire, acceuillant, non l'avis le plussolide, mais l'avis le plus conforme à ses goûts ; puis, enfin, n'écoutant que lui-même, et prenant pour ministres des hommes sans talent ou sans expérience. Maïs, au point où en est ce récit, il y a encore de grandes et d'utiles réformes à mentionner avant d'aborder ia période où le système de Louis XIV pesa sur les peuples par l'exagération ou l'abus du principe.

Colbert fut le principal instrument dont se servit le roi pour cette œuvre de régénération administrative et politique ; ajoutons même, pour rétablir la vérité, nonobstant les formes, les noms et les apparences, que ce même Colbert, dont le génie, à l'insu de Louis XIV, éclairait et dominait ce prince, se servit à son tour du grand roi pour réaliser ses propres pensées, pour former l'ensemble des codes, pour faire vivre la France d'une vie nouvelle, double et étrange réaction de deux hommes qui se complétaient l'un par l'autre et tendaient au même but.

Ni le roi ni la France du dix-septième siècle ne rendirent à Colbert la justice qui lui était due; le pays n'eut pas suffisamment l'intelligence des réformes administratives dont ce grand homme prit l'initiative; il le rendit responsable, un peu plus tard, de l'aggravation des dépenses occasionnées par la guerre; pour

gnage de faiblesse ou de dépendance , mais plutôt une marque de prudence et de solidité. C'est une maxime surprenaute, mais véritable pourtant; que ceux qui, pour se montrer plus maîtres de leur propre conduite , ne veulent prendre conseil eu rien de ce qu'ils font , ne font presque jamais rien de ce qu'ils veulent. » ( OEuvres de Louis XI F, t. II, p. n3.)

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Louis XIV, il s'attribua volontiers, et peut-être de bonne foi, l'honneur du bien qu'il fit par l'intermédiaire de son ministre. Plus heureux, le cardinal Richelieu et Mazarin furent, de leur vivant, en possession de leur gloire; celle de Colbert fut l'œuvre du temps, mais il n'eut point, comme ces deux illustres ministres, le bonheur de jouir extérieurement du mérite de ses propres actes. Il prit pour soi, dans le pouvoir, les soucis, les mécomptes , les injustices populaires, et il fit hommage à son maître delà reconnaissance nationale et du succès. Comme il posséda au plus haut degré la science du gouvernement, il fit la France glorieuse par la paix plus encore que l'épée de Gondé et de Turenne ne pouvait la faire glorieuse par la guerre. Tracer les véritables règles de l'administration linancière, établir l'ordre dans toutes les branches des recettes et des dépenses de l'État, accroître le revenu en diminuant les charges publiques, fonder le commerce, instituer la marine, créer des colonies, donner un nouvel essor aux lettres et aux arts, imprimera toutes les forces nationales une activité immense et jusque-là inconnue, telle fut sa tâche multiple, tels furent les éléments de sa renommée.

Les premières réformesdeColbertportèrentsurle système fiscal. Jusqu'alors la perception de revenus publics avait été livrée à des agents cupides, à des soumission* nairesdontonnepouvaitnisurveiller, ni punir les exactions. Àinsiqu'onl'a vu plushaut, Colbert se hâta deprovoquer du roi l'établissement d'une chambre de justice

destinée à châtier les partisans (i) et les traitants concussionnaires. L'édit royal faisait remarquer qu'à la faveur des troubles et des guerres, bon nombre de gens dépourvus d'intégrité et d'honnêteté avaient fait passer dans leurs coffres l'argent de la France, et que le gouvernement, dominé par ses propres embarras , n'avait pu encore porter remède à un mal si dangereux; le monarque ajoutait : « A présent que nos soins ne sont point divertis comme ils Festoient durant la guerre, pressez par la connoissance particulière que nous avons prise des grands dommages que ces désordres ont apportez à notre Estât et à nos subjets, et excitez d'une juste indignation contre ceux qui les ont causez, nous avons résolu, tant pour satisfaire à la justice, et pour marquer à nos peuples combien nous avons en horreur ceux qui ont exercé sur eux tant d'injustices et de violences, que pour en empescher à l'avenir la

(i) La chambre de justice fut composée comme il suit : MM. de Lamoignon , premier président du Parlement de Paris ; de Nesmond , second président; Phelipeaux Pontchartrain , président à la Chambre des comptes ; Poucet , d'Ormesson , Voisin et Bernard de Rézé , maîtres des requêtes ordinaires ; Renard , Catinat , de Brillac et Fayet, conseillers au Parlement de Paris ; Mazeuau , conseiller au Parlement de Toulouse ; Francon , conseiller à Grenoble ; du Vcrdier, conseiller à Bordeaux ; de La Thoison , conseiller à Dijon ; Sainte-Heleine , conseiller à Rouen ; Roquesante, conseiller à A ix ; Ayrault, conseiller à Rennes; Noguez, conseiller à Pau ; de Fériol , conseiller à Metz ; de Gisancourt , conseiller au grand conseil ; de Moussy et de Bossu-le-Iau , maîtres en la Chambre des comptes ; Le Ferron et de Bausson , conseillers à la Cour des aides ; Denis Talon, procureur général, et Joseph Foucault, secrétaire et greffier. En tout vingt-sept personnes. (Commission du Roy contenant tes noms des juges et officiers qui composent la Chambre de justice. )

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