RÉFORMES FISCALES
organisation dut remplacer; mais, pour que les abus ne se fissent pas jour au travers , le gouvernement avait besoin d'une vigilance infatigable et d'une attention extrême à balancer les recettes et les dépenses. Colbert, même de son vivant, eut la douleur de voir introduire le trouble dans le service qu'il dirigeait avec une si patiente sollicitude. En 1661 la France payait environ quatre-vingt-dix millions d'impôts, sur lesquels il en restait près de trente-cinq au roi, prélève» ment fait des frais de perception et des rentes à servir. En outre, deux années du revenu étaient toujours consommées d'avance.
Dèsson entrée au cabinet et pendant toute la durée de son administration, Colbert s'attacha à diminuer l'impôt de la taille, qu'il trouva à cinquante-trois millions et laissa à trente-deux millions de livres. La noblesse seule avait droit à l'exemption de la taille. Colbert, respectant ce privilège, rechercha néanmoins tous ceux qui, par l'usurpation d'un titre, avaient réussi à s'affranchir d'une charge légitime , et par ses soins on dressa de nouveaux états des familles nobles de France. Il est évident que beaucoup d'abus durent échapper aux investigations du ministre. Ne pouvant soumettre à la taille tous ceux qui possédaient, Colbert préféra toujours demander aux impôts de consommation, qui pèsent sur tous, bien que dans des proportions diverses, les sommes nécessaires à l'entretien de l'Etat (1); aussi s'attacha-t-il à augmenter les aides (contributions indirectes). A son avènement, cette branche du revenu
(1) M. Pierre Clément.
les comprendre à ce point qu'il se les assimila et que dans ses Mémoires historiques il paraît en revendiquer l'honneur et l'initiative.
« De toutes les fonctions souveraines, dit-il, celle dont un prince doit être le plus jaloux, c'est le maniement des finances. C'est la plus délicate de toutes, parce que c'est celle de toutes qui est la plus capable de séduire celui qui l'exerce, et qui lui donne plus de facilité à corrompre que les autres. Il n'y a que le prince seul qui doive en avoir la souveraine direction, parce qu'il n'y a que lui seul qui n'ait point de fortune à établir que celle de l'État, point d'acquisition à faire que pour l'accroissement de la monarchie... point de dettes à payer que les charges publiques , point d'amis à enrichir que ses peuples. »
Plus loin il ajoute :
« Outre les conseils de finances... je voulus établir un conseil nouveau que j'appelai Conseil royal. Je le composai du maréchal de Villeroy, de deux conseillers d'Etat d'Aligre et de Sèves, et d'un intendant des finances, qui fut Colbert ; et c'est dans ce conseil que j'ai travaillé continuellement depuis à démêler la terrible confusion qu'on avoit mise dans mes affaires. — Ce n'étoit pas assurément une entreprise légère, et ceux qui ont vu les choses au point où elles étoient , et qui les regardent maintenant (dix ans après), dans la netteté où je les ai réduites, s'étonneront avec raison que j'aie pu pénétrer en si peu de temps une obscurité que tant d'habiles surintendants n'avoient encore jamais éclaircie. Ce qui doit faire cesser cette surprise est la différence qui se trouve naturellement entre fin-