RÉFORMES FISCALES
térêt du prince et celui de ses surintendants ; car ces particuliers n'ayant pas de plus grand soin dans leur emploi que de se conserver la liberté de disposer de tout à leur fantaisie , mettent bien plus souvent leur adresse à rendre cette matière obscure qu'à l'éclairer; au lieu qu'un roi, qui est le seigneur légitime, met autant qu'il peut l'ordre et la netteté en toutes choses, parce qu'il ne peut trouver que de la perte dans la confusion. » A la suite de ces paroles un peu orgueilleuses Louis XIV daigne se souvenir de Colbert, et il dit encore : « En mon particulier je fus soulagé dans ce travail par Colbert, que je chargeois de l'examen des choses qui demandoient trop de discussion et dans lesquelles je n'eusse pas eu le loisir de descendre. » L'histoire doit constater, à la louange de Colbert, que Louis XIV lui fait ici une part trop petite dans la reconnaissance du pays.
Le roi ajoute : « La manière en laquelle s'étoit faite la recette et la dépense étoit une chose incroyable. Mes revenus n'étoient plus maniés par mes trésoriers, mais par les commis du surintendant, qui lui en comptoient confusément avec ses dépenses particulières; et l'argent sedéboursoit en tel temps, en telle forme et pour telle cause qui leur plaisoit ; et l'on cherchoit après à loisir de fausses dépenses, des ordonnances de comptant et des billets réformés pour compléter toutes ces sommes (i). La chose que j'eus le plus
(i ) Les surintendants des finances n'étaient point des agents comptables , mais des ordonnateurs de dépense. Ils n'agissaient point , comme Louis XIV semble l'indiquer, en dehors de tout contrôle. Les comptes des trésoriers de l'épargne et le registre des fonds dépensés permettaient
patience de corriger dans cet abus général fut l'usage des ordonnances de comptant , parce qu'elles avoient assurément plus servi qu'aucune autre à la dissipation
de suivre l'ensemble et le détail des opérations. D'abord Pun des trois trésoriers de Pépargne gérait à tour de rôle pendant un an,' et rendait les comptes séparément , par exercice. Aucune somme ne pouvait être reçue ou payée pour l'État sans qu'elle fût ordonnancée par le surintendant et portée sur les registres de l'épargne , lesquels ne mentionnaient, il est vrai, que la date des ordonnances et les fonds sur lesquels elles étaient assignées. Mais en même temps, et près du trésorier en exercice, on teuait un autre registre appelé le registre des fonds, sur lequel étaient inscrites jour par jour toutes les sommes versées à Pépargne ou payées par elle, avec l'origine et les motifs de la recette ou de la dépense et les noms des parties. Le registre des fonds n'était pas produit à la Cour des comptes ; il demeurait secret entre le roi et le surintendant. Les trésoriers de Pépargne se bornaient à produire les ordonnances de ce dernier à l'appui de leurs comptes. Quand au registre des fonds , il servait en même temps à contrôler leur gestion et celle du surintendant. Ën outre , l'agent chargé de ce registre et les trésoriers de l'épargne , étant nommés par le roi , se trouvaient complètement indépendants du surintendant.
Il y avait, en outre, la part des abus. Pour qu'une ordonnance fût payable à l'épargne , il ne suffisait pas qu'elle fût signée par le surintendant; il fallait encore, au bas de l'ordonnance, un ordre particulier émané de lui , indiquant le fonds spécial sur lequel elle devait être payée. Le trésorier de Pépargne ne pouvait et ne devait payer qu'autant qu'il avait de valeurs appartenant au fonds sur lequel l'ordonnance était assignée ; mais , comme il n'en avait presque jamais , attendu que les revenus étaient, à cette époque, toujours dépensés deux ou trois ans à l'avance, il donnait, en échange de l'ordonnance, soit un billet de l'épargne , soit un mandat sur le fermier de l'impôt sur lequel elle était assignée. Ajoutons que, pour la facilité des affaires et des payements, on subdivisait souvent le montant d'une même ordonnance en plusieurs billets de l'épargne. Il y avait en outre des fonds intacts ou dont les rentrées étaient assurées et prochaines au moment de l'émission des billets qui les concernaient, tandis que les rentrées d'autres fonds étaieut éloiguees ou même très-hypothétiques. De là résultaient souvent des différences considérables dans la valeur des billets de l'épargne. Les uns étaient au