MICHEL LETELLIER. — LIONNE
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ties , ce qu'il redoutait avant toutes choses. Il plaisait au roi par l'extrême admiration qu'il avait de la majesté royale, et déjà, pour servir la grandeur prochaine de Louis XIV , il tenait à la disposition du maître le marquis de Louvois, son élève et son fils. Hugues de Lionne, chargé des affaires étrangères, avait une supériorité de génie qui l'élevait au-dessus de son collègue. Souple , adroit , vif, entreprenant , ami de l'étude, il avait été employé, sous Mazarin, à Londres, à Madrid et à V ienne, à toutes les importai! tes négociations d'où avait dépendu la pacition de l'Europe ; nul mieux que lui ne connaissait la force respective des États, les mystères diplomatiques, la tendance et le vœu des cabinets. Il parlait et écrivait plusieurs langues. Laborieux et infatigable quand le soin des affaires l'exigeait, il était néanmoins homme de plaisirs, ami du jeu et de la dépense; on le savait incapable de grossir son épargne du fruit de ses économies, et toutefois il eût été impossible de rencontrer, pour l'administration des affaires étrangères, un homme plus actif et plus habile.
Ce n'était ni l'intelligence ni la sagacité qui manquaient à Nicolas Fouquet, chargé des affaires du trésor; la moralité, la probité, l'amour de l'ordre lui faisaient défaut, au grand détriment du roi et de l'État.
De la disgrâce de Sully à la mort de Mazarin ( 161 1 - 1661 ) un demi-siècle s'était écoulé durant lequel les deniers publics avaient été en proie à toutes sortes de déprédations et de gaspillages. On se fatiguerait à mentionner les exactious, les oppressions fiscales, les
perceptions de droit doubles ou triples, la longue série d'abus qui avaient pesé sur les peuples, trop souvent à Tinsu du roi, et sans qu'il se trouvât un pouvoir assez affranchi des nécessités de la guerre pour porter un remède efficace à tant de maux. Nous ne reviendrons pas ici sur les calamités qui avaient désolé la France sous la minorité de deux rois, sur les sacrifices occasionnés par la lutte soutenue contre la maison d'Autriche, les désordres enfantés parles troubles civils ; il nous suffira de dire qu'ils avaient compromis au plus haut degré les ressources financières du royaume, et que le mal s'était prolongé après la paix, grâce à l'insatiable avidité de Mazarin, à l'impéritie et à la cupidité des surintendants, à la disproportion continue entre les recettes et les dépenses. Dans cette situation, toutes les ressources de l'avenir étaient engagées d'avance, et les traitants et les maltôtiers de toutes classes s'enrichissaient, dilapidaient, volaient sans crainte comme sans contrôle.
Ainsi qu'on l'a vu plus haut, Louis XIV était indigné lui-même d'une situation aussi diplorable ; mais, pour y remédier d'une manière efficace, il avait besoin de se faire initier aux secrets d'une administration à la fois compliquée et confuse. Depuis près de huit ans Fouquet dirigeait ce service. C'était un homme fertile en expédients, à qui ne manquaient ni les idées ni les ressources, et qui, au prix de combinaisons hardies, n'avait cessé, au milieu des embarras incalculables du royaume, de se procurer les fonds nécessaires à la solde des troupes et aux dépenses de l'État. On pouvait lui reprocher d'avoir eu recours