M 672J LE COMMERCE PROTÉGÉ
un édit de septembre 1664, « portant réduction et diminution des droits des soHies et des entrées, avec suppression de plusieurs droits; » niais, poiir ne pas froisser les populations, qui, dominées par d'anciens préjugés, résistaient à ces innovations utiles, le gouvernement les soumit à l'acceptation dé provinces, et la moitié du royaume fut seule à consentir à la révision des tarifs (1).
Dans la pensée de Colbert et de Louis XIV, il ne
(1) Les provinces qui acceptèrent le tarif de 1664 furent appelées provinces des cinq grosses Fermes ; c'étaient la Normandie, la Picardie , la Champagne , la Bourgogne , la Bresse , le Bugey , le Bourbonnais , le Poitou , le pays d'Aunis, l'Anjou et le Maine , sans compter les provinces qui y étaient renfermées, comme le Soissonnais, V Ile-de-France , la Beauce, laTouraine, le Perche, etc. Deux chaînes de bureaux, placés les uns sur les frontières de ces provinces , les autres à quelque distance dans l'intérieur, suffisaient à la surveillance et formaient , pour ainsi dire, deux chaînes concentriques non interrompues.
Parmi les provinces qui préférèrent conserver leurs anciens tarifs , il s'établit deux divisions.
Les unes prirent le nom de provinces étrangères , relativement au tarif de 1664» dont elles n'avaient pas voulu; c'étaient la Bretagne, l'Angoumois, la Marche, le Périgord , l'Auvergne , la Guienne, le Languedoc , la Provence, le Dauphiné, la Flandre, l'Artois, le Hainaut et la Franche-Comté.
Les autres, telles que l'Alsace, la Lorraine, les Trois-Évêchés (Met/, Toul et Verdun ) , le pays de Gex, les villes de Marseille , Dunkerque, Bayonne et Lorient, en raison de la franchise de leur port , reçurent la qualification de provinces traitées comme pays étrangers. Ces dernières étaient , en effet , complètement assimilées aux pays étrangers , avec lesquels elles commerçaient avec une liberté entière. Par la même raison , les marchandises qu'elles exportaient dans les autres proviuces étaient considérées comme venant de l'étranger, et celles qu'elles y achetaient acquittaient, en entrant sur leur territoire, le même droit qu'eussent payé, par exemple, les Espagnols ou les Hollandais. (Moreau de Beaumont , Recherches sur les Impositions . P. Clément, Surintendants et Contrôleurs généraux, etc. )
s'agissait pas seulement d'enrichir la France par le négoce et les manufactures, il fallait encore faire contre-poids à la puissance territoriale , exercée par les grands, en créant en face d'elle la puissance de l'industrie, destinée à lui faire équilibre. La noblesse possédait la presque totalité du sol ; les seigneurs regrettaient le régime féodal et traînaient à leur suite une nombreuse clientèle de valets et de parasites. Considérant que le peuple était méprisé et que les masses gémissaient dans l'indigence, Colbert avait fait comprendre au roi que, pour sauver de sa ruine une société composée de pareils éléments, il fallait ajouter aux ressources offertes par l'agriculture toutes celles que procurent le commerce et l'industrie. Disons-le encore, il ne dédaigna point la prospérité agricole de la France, mais il voulut ouvrir de nouvelles sources de richesses à son pays.
S1 ad ressaut au roi, et lui parlant un langage clair et familier, il l'initiait à sa pensée. « Il n'y a rien de plus nécessaire dans un État, disait-il, que le commerce. C'est lui qui le rend florissant, et, pour voir cela d'un coup d'œil, il n'y a qu'à remarquer la différence qui existe entre une ville située sur une bonne rivière et une qui est en pleine terre : l'une est riche et opulente, l'autre est pauvre et misérable. Celles qui sont sur le bord de la mer ont encore un avantage que les autres n'ont pas; la raison est que toutes choses y abondent bien plus que dans celles qui sont sur le bord d'une rivière ou ailleurs ; et, pour peu qu'un homme veuille s'aider, il est impossible qu'il n'y subsiste commodément.