‹ Histoire de FranceChapitre 46 sur 192 · COMMERCE EXTÉRIEUR · texte numérisé non relu

COMMERCE EXTÉRIEUR

dais l'espèce de monopole qu'ils exerçaient sur tout le commerce britannique. Udcle portait, en effet, à tous bâtiments dont les propriétaires et maîtres, et dont l'équipage ( pour les trois quarts du personnel) ne seraient pas sujets de la Grande-Bretagne , défense expresse de commercer avec les établissements, les colonies ou même les côtes de cette nation, sous peine de confiscation du bâtiment et de la cargaison. D'autres articles frappaient de droits énormes et prohibitifs l'importation d'un ^rand nombre d'articles de fret et d'encombrement, à moins qu'ils ne fussent placés à bord des navires anglais. Ainsi maltraités parles Anglais, leurs rivaux, les Hollandais n'en persistèrent pas moins à réclamer contre le maintien du droit de cinquante sous par tonneau exigé de leurs navires dans les ports de France. Le gouvernement de Louis XIV, de son côté, préoccupé de la nécessité de favoriser le développement de la marine nationale , refusa d'accorder au négoce et aux armateurs des Provinces- Unies des concessions plus grandes et de nouveaux adoucissements aux interdictions générales. De là des germes de mécontentement et de guerre que nous ne tarderons pas à voir éclore.

L'actenle navigation , réeemment voté par le parlement anglais, était nécessairement nuisible aux intérêts commerciaux de la France. On y répondit, en 1664, en augmentant les tarifs français déjà établis pour contrarier l'introduction dans nos ports de certains produits de l'industrie britannique. Des difficultés s'élevèrent à cet égard entre les deux marines , entre les deux peuples ; mais elles furent moins graves que t. xiv. 10

i46 MONARCHIE FRANÇAISE. — LOUIS XIV. [166M672

la rivalité soulevée , de part et d'autre , par le droit de pavillon. L'Angleterre prétendait être saluée la première dans les deux mers, et Louis XIV n'était pas d'humeur à reconnaître aune puissance étrangère des titres légitimes à cette prérogative. Afin de ne point résoudre le différend par la guerre , le gouvernement français dut renoncer à l'usage des saluts en mer. JNj l'Angleterre ni la France ne poussèrent, du moins pour le moment (1), le débat jusqu'à ses limites extrê-

(i) Il existe, aux manuscrits de la Biblioth.|imp. ( Registres des despéchcs concernant le commerce), une lettre fort curieuse de Colbert, écrite à l'ambassadeur de France, durant cette négociation. Nous la donnons ci -après :

» Je vous avoue que j'ay esté surpris de voir, par vostre lettre du i5 de ce mois, que vostre négociation auprès du roy d'Angleterre et de M. le duc d'York , sur le sujet des saluts , n'ayt abouti qu'à donner des ordres à tous les vaisseaux anglois de ne point demander de salut et de n'en point rendre dans la mer Méditerranée seulement, se réservant toujours leur chimérique prétention dans l'Océan. La grande facilité que vous y avez trouvée vient qu'asseurément ils croyoient qu'il leur estoit assez advantageux de saluer dans la Méditerranée pourvu qu'ils exigeassent le mesme salut dans l'Océan ; et, comme vous leur avez demandé moins, ils vous l'ont accordé avec grande facilité; et je ne puis pas m'empescher de vous dire que vous vous estes un peu laissé prendre pour dupe en ceste occasion , veu qu'il valloit beaucoup mieux demeurer en Testât où nous estions que de nous contenter de cet ordre , d'autant que les Anglois ne peuvent jamais nous contester la mer Méditerranée. Et à l'esgard de l'Océan , quoyqu'ils soient les plus puissants, nous n'avons pas vu jusqu'à présent que leur souveraineté prétendue ayt esté reconnue. Ainsy il auroit esté du bien commun des deux nations et de l'intérest des roys d'establir cette parité dans toutes les deux mers. Je vous doibs dire de plus que les ordres donnés en 1662, lorsque M. le duc de Beaufort mit en mer l'armée de Sa Majesté , et qu'il passà en Levant, par les deux roys , portoient d'éviter la rencontre , et, en cas qu'il ne se pust, de ne demander aucun salut de part ny d'austre. Je fais chercher les lettres de ce temps-là pour vous en envoyer des extraits ; cependant

<66Me73] DÉVELOPPEMENT DU COMMERCE. U7

mes, et les deux natiops s'attachèrent d'abord à obtenir des revisions de tarifs, tantôt générales, tantôt partielles, qui furent longtemps débattues et sur lesquelles on pe se mit jamais entièrement d'accord.

Les efforts du gouvernement de Louis XIV en faveur du commerce national ne restèrent pas stériles : Marseille et Dunkerque furent déclarés ports francs. Les capitulations conclues avec la Porte furent renouvelées, et d'immenses débouchés nous furent ouverts dans le Levant (i). Nous ne possédions que le Canada,

vous ne dehvez point tesmoigner d'empressement de faire envoyer Tordre qui vous a esté offert . et vous dehvez faire connoistrc audit roi et au duc d'York les grands inconvénients que l'exécution peut tirer après soy , dès lors que la mesme chose ne sera point également establie dans les deux mers, et employez toute vostre industrie pour obtenir cette égalité partout , s'il est possible.

« A l'esgard du traicté de commerce, les pensées de milord Arlington sont très-raisonnables , puisqu'elles tendent à établir un traictement réciproque entre les deux royaumes ; c'est à vous à bien examiner toutes les différences de traictement qui se font, afin que vous en soyez bien instruit t lorsque vous travaillerez à l'examen du projet qui vous sera dellivré.

« Je vous envoyé une relation de ce qui s'est passé sur le vaisseau du capitaine LanguiUer, faite par son frère , qui est à présent au Havre et qui l'a accompagné jusqu'à Cadis ; vous verrez qu'elle est bien différente de ce qui a esté dit en Angleterre. Vous pourrez vous en servir auprès du roy pour luy faire connoistre le caractère des esprits qui publient ces sortes de nouveUes.

• COLBRRT. ■

(|) Ces capitulations autorisaient les Français à exporter du Levant toutes sortes de marchandises, même celles dites prohibées, à naviguer sur des navires appartenant à des nations ennemies de la Porte , sans pouvoir, en cas de saisie, être fatys esclaves , à n'être justiciables que de leurs ambassadeurs ou consuls , à jouir des mêmes immunités que les Vénitiens, qui étaient alors la nation la plus favorisée, à ne participer en rien aux impôts du pays , et à faire jouir du bénéfice de leur pavillon

avec l'Acadie ou Nouvelle-Ecosse ; Cayenne, dans la Guyane ; l'ile Bourbon, quelques comptoirs à Madagascar et aux Indes. Colbert racheta, pour moins d'un million, la Martinique, la Guadeloupe, Sainte-Lucie, Grenade et les Grenadilles , Marie-Galande , Saint- Martin , Saint-Christophe, Saint- Barthélémy, Sainte- Croix et la Tortue, dans les Petites-Antilles; il plaça sous la protection de la France les flibustiers français de Saint-Domingue, qui s'étaient emparés de la partie occidentale de l'île; il envoya de nouveaux colons à Cayenne, prit Terre-Neuve pour dominer l'enlrée du Saint-Laurent, et commença l'occupation de la magnifique vallée du Mississipi , ou la Louisiane , qui venait d'être explorée par le célèbre voyageur Robert de La Salle. En Afrique il enleva Gorée aux Hollandais et prit possession des côtes orientales de Madagascar. En Asie la compagnie des Indes s'établit à Sutoutes les nations qui n'avaient pas de traité avec le divan. L'article 19 des capitulations consacrait la préséance de l'ambassadeur français à la Porte dans les termes les plus formels et les plus honorables pour notre diplomatie. Cet article était ainsi conçu :

« Et parce que ledit empereur de France est entre tous les rois et les princes chrétiens le plus noble de la Haute Famille et le plus parfait ami que nos aïeux aient acquis entre lesdits rois et princes de la croyance de Jésus , comme il a esté dit ci-dessus et comme le témoignent les effets de ta sincère amitié , en cette considération , nous voulons et commandons que son ambassadeur, qui réside à notre heureuse Porte , ait la préséance sur tous les ambassadeurs des autres rois et princes , soit à notre divan public, ou autres lieux où ils se pourront trouver. *

Enfin plusieurs dispositions plus particulièrement relatives au commerce complétèrent , sous le titre d'Articles nouveaux , les capitulations principales , et le troisième de ces articles fixa à 3 au lieu de 5 pour 100 les droits que les Français auraient à payer dorénavant sur toutes les marchandises importées ou exportées par eux.

Page 1