I66W672] DÉVELOPPEMENT DE LA MARINE
rate, à Chandernagor, et plus tarda Pondicbéry. Pour réserver au pavillon national tout le commerce de nos colonies, Colbert ferma leurs ports aux vaisseaux étrangers. Tous les ans des envoyés spéciaux allèrent visiter les échelles, avec ordre « de se transporter partout où les Français avoient leur commerce, pour remédier aux abus et malversations , y mettre Tordre que Sa Majesté avoit mis partout ailleurs , faire rendre compte par les consuls de la nation françoise, dresser mémoire exact de tout ce qui pourroit perfectionner et augmenter le commerce des François , et détruire celui des étrangers. » On étudia les moyens de transporter nos marchandises dans les Indes en passant par l'Egypte ; des relations commerciales furent nouées avec l'Abyssinie, le Thibet, la Chine et le Japon.
Mazarin avait laissé dépérir la marine militaire créée par Richelieu ; Colbert fit d'abord réparer le peu de vaisseaux qu'il trouva dans nos ports; il en acheta en Suède et en Hollande. Des arsenaux de construction furent étahlisà Dunkerque, au Havre, à Rochefort, qui fut bâti sur la Charente, au centre du golfe deGascogne. Henri IV avait trouvéToulon et Richelieu Brest; mais ils avaient montré ce qu'on pouvaity faire plutôt qu'ils n'y avaient fait de grands ports. Vauban entoura Brest de formidables défenses. Plus tard il exécuta à Toulon d'immenses travaux , qui firent de cette ville ce que la nature voulait qu'elle fût, un des plus beaux ports du monde. On classa trente mille hommes pour la marine, et la France, qui, en 1661, n'avait que dix-huit mauvais vaisseaux, en possédait, dès 1667, soixante de quatre-vingts à trente canons,
iSO MONARCHIE FRANÇAISE. — t(HJlS XtV. [IOBI-1672
onze frégates , quarante autres bâtiments de moindre importance ; en tout , cent dix navires, armés de trois mille sept cent treize canohs et montés par vingt-deux mille hommes. Dix ans plus tard , ces nombres étaient au moins doublés (i).
Efi 1664, Colbert entreprit le magnifique canal du Languedoc, dont François Iw et Henri IV avaient eu la
(1) Les gentilshommes avaient eu d'abord répugnance de servir sur mer : ce n'était pas leur élément de bataille ; mais les antiques familles de Provence , de Languedoc , de Guienne , de Bretagne , telles que les Forbin, les Duquesne, les Tourville , les Beaulieu, les Villeneuve, les Vallabelle , les Grosbois , Illustrées dans la conduite des escadres , se jetaient dans cette périlleuse carrière avec ardeur. Louis XIV fonda des écoles pour l'éducation des jeunes gentilshommes ; des l'âge de douze ans la bonne noblesse monta sur les vaisseaux du roi et fit le service des vieux loups de mer dans les deux Indes. LoUis XIV donna des privilèges au corps de la marine : il eut le pas sur l'armée de terre ; on lui réserva les riches commanderies ; on porta la croix d'or de Malte ; 00 se consacra au service de Saint-Jean de Jérusalem ou des rois de France en montant tantôt les galères, tantôt les vaisseaux de Sa Majesté. Les gentilshommes conservaient dans les expéditions de mer cet esprit aventureux qui distinguait leurs ancêtres ; il y eut sous ce règne plus d'un tiers de la noblesse qui se voua aux armées navales. Les ordonnances permirent rarement l'avancement maritime à la roture , et quand il y eut exception ce fut avec éclat : le rustre Bart sortit des pêcheurs de Dunkerque pour être chef d'escadre en France. La marine marchande fournit quelquefois ses hommes pour le service de Sa Majesté , et ce fut l'origine des officiers auxiliaires. Le recrutement des matelots se faisait par le système de l'inscription maritime et par l'antique idée normande de la presse. La presse, c'était l'appel tumultueux de tout vassal lors de l'invasion , quand on levait le gonfalon, pour que tout fidèle accourût au cri de haro à la convocation du ban et de l'arrière-bau du roi. Le matelot de France était robuste; on citait le Breton pour sa valeur têtue, pour sa courageuse persistance dans les lointaines entreprises. Le blond Normand , quoique fort de ses membres velus , était plus mou ; il se hasardait moins sur les grandes mers ; son commerce se bornait au cabotage, etc. ( M, Capefigue, Louis XIV \ etc. )