RÉVISION DES CODES
simplifier les formes et préparer une meilleure justice pour les sujets au moyen de codes spéciaux sur chaque matière (i). Fort de la confiance du roi, secondé par le chancelier, énergiquement résolu à ramener l'ordre dans toutes les branches de l'administration publique, Colbert s'entoura des conseils de tous les hommes spéciaux, et soumit à une révision intelligente et raisonnée toutes les questions qui se rattachaient à la procédure civile, à l'instruction criminelle , au régime des eaux et forêts, à la marine. Les célèbres ordonnances de Louis XIV présentèrent, pour la première fois peut-être (a) depuis les Établissements de Saint- Louis, un caractère de législation générale; elles eurent moins pour objet de résoudre des difficultés accidentelles que de régir pendant longtemps l'avenir.
Les rédacteurs de ces codes coordonnèrent avec précision tout ce que la jurisprudence, les statuts, les règlements , les édits et les ordonnances renfermaient de principes acquis, de dispositions éprouvées. Ce fut un travail devant lequel la pensée recule et qui ne pouvait être mené à terme que par les hommes laborieux et érudits de celte génération, dont les débris sont demeurés si grands. Sans doute ces réformes renfermèrent bien des parties défectueuses; leur application exacte à la France moderne serait impossible, elle choquerait souvent les notions que nous avons reçues sur la justice et la liberté; mais , si imparfaites qu'on les suppose , elles n'en contribuèrent
(i) M. Capefigue, Louis XI F, son gouvernement, etc. (a) 11 convient , en effet , de faire exception en faveur des anciens codes connus sous les noms d'Édits de Blois et Édits de Moulins.
170 MONARCHIE FRANÇAISE. — LOUIS XIV. [IflW-1872
pas moins à pousser la société dans les voies de la civilisation et du bien-être ; elles furent, entre le moyen âge et Tétat présent, comme une transaction et un lien nécessaire qui rattachèrent l'expérience pénible et les tâtonnements infructueux du passé à la légitime prise de possession de la loi par le progrès. Ce qu'on a tant admiré dans le grand capitaine qui régénéra l'ordre social au début de ce siècle , c'est la création de ces vastes codes que l'Europe nous envie ; or ce fut un travail de même nature, et bien autrement difficile, qui fut accompli sous Louis XIV, alors que les règles du droit étaient mille fois plus confuses et plus incertaines que ne les trouva le premier consul. Ajoutons que pl usieurs réformes modernes dont nous aimons à nous vanter, et qui datent de la Constituante ou de la première République, ne sont bien souvent que la reproduction, plus simple, plus sobre, généralement améliorée et rendue plus humaine , des ordonnances que promulgua Louis XIV, après les avoir fait discuter dans son conseil. Aussi , pour peu qu'on veuille étudier sérieusement notre législation civile, administrative et commerciale, est-on forcé de reconnaître que le ministère de Colbert est le véritable point de départ des règles que nous suivons , et que nous avons revêtues d'un langage moderne. Cette vérité apparaît surtout chaque fois qu'il s'agit d'organisation maritime ; les règlements que Louis XIV fit publier sur cette matière furent le fruit de l'expérience des autres nations, dont on consulta avec attention les précédents et les usages. Une réflexion qui s'applique à la législation civile, c'est que Louis XIV n'entreprit point