INITIATIVE DR COLBERT
le travail prématuré d établir pour toute la France l'unité du droit civil et des coutumes; quoique au plus haut degré de la puissance humaine , il recula devant le danger de froisser les nationalités provinciales , encore vertes et vigoureuses : ce fut assez pour lui d'imposer à ses peuples l'unité d'administration et l' unité de pouvoir politique ; on ne heurte pas aussi aisément les mœurs que l'histoire.
L'idée première de ces vastes réformes n'appartint évidemment nia Louis XIV, ni même à Colbert ; longtemps avant eux Charlemagne avait essayé de reconstituer l'unité du droit romain , et Louis XI, esprit organisateur et absolu , s'était préoccupé de la même tâche. Trop d'obstacles avaient rendu impossible l'éclosion de ce système, qui, de nos jours, a été appliqué, jusqu'à l'exagération, à toutes les branches du service. La gloire de Colbert fut de reprendre l'œuvre à peine ébauchée de ses devanciers. Dans un Mémoire remis au roi le i5 mai i665, il exposa ses plans sur la refonte de la législation , et présenta fort adroitement ses propres idées comme venant de Louis XIV lui-même. Après avoir fait honneur au roi de la volonté de doter la France « d'une même loi, d'un même poids et d'une même mesure, » il ajoutait : « Si donc Votre Majesté s'est proposé l'exécution de ce projet , il est certain que pour y parvenir il est nécessaire d'un grand concours , d'une grande droiture , d'une grande application, d'une grande fermeté. Dieu, Sire, a donné à Votre Majesté toutes ces qualités à un éminent degré; elle a déjà fait voir, depuis quatre ans qu'elle travaille, qu'il n'y a rien d'impossible pour
elle ; mais il faut avouer que tout ce qu'elle a fait jusqu'à présent n'est rien en comparaison de cet ouvrage. » Abordant ailleurs plus directement la question,et toujours en paraissant réfléchir les idées du roi, Colbert disait encore : « Le dessein que le roi témoigne avoir de travailler à la justice de son royaume est le plus grand et le plus glorieux qui puisse entrer dans l'esprit d'un roi ; mais, comme Sa Majesté ne pense et n'exécute rien que de grand et de proportionné à l'étendue de son esprit , qui n'a point de bornes , elle nous a fait suffisamment connoître qu'elle ne veut pas entreprendre ce dessein pour suivre l'exemple des rois ses prédécesseurs, qui se sont contentés de faire quelque ramas d'ordonnances de l'exécution desquelles ils ne se sont pas mis fort en peine... Sa Majesté connoît parfaitement ces deux devoirs des rois , le premier de la protection et le second de la justice qu'elle doit rendre à ses peuples.
« S'étant déjà si parfaitement acquittée du premier par la grande guerre qu'elle a soutenue depuis son avènement à la couronne, dans laquelle elle a étendu les bornes de son royaume au delà de tous les rois ses prédécesseurs, et ensuite a donné à ses peuples une paix glorieuse, ferme et durable, confirmée par un grand mariage , et faisant encore ressentir tous les jours, à ses mêmes peuples, des marques de cette même protection, en les délivrant, jusqu'aux derniers confins de son royaume , de toutes les oppressions qu'ils souffrent;
« Sa Majesté fait en même temps connoîlre qu'elle veut s'acquitter du second, qui est de bien adminis-