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RÉSISTANCE DU PARLEMENT

trer la justice à ses peuples , puisqu'elle ne nous laisse pas la liberté de dire ce qui est à faire pour y parvenir, nous ayant dit en deux mots tout ce que la plus profonde méditation des plus habiles hommes du monde pourroit inventer sur ce sujet en plusieurs années... nous ayant dit qu'elle veut réduire en un seul corps d'ordonnances tout ce qui est nécessaire pour rendre la jurisprudence fixe et certaine . . . »

Sous ces phrases de courtisan, et à travers l'emphase de ce style , apparaît l'idée puissante qui se résume en un seul mot : l'unité; idée féconde autour de laquelle se groupent des corollaires, tels que la réorganisation des parlements, des chambres des comptes, des cours des aides, du grand conseil et de la cour des monnaies; la gratuité de la justice, la diminution du nombre des juges, les encouragements à donner aux professions utiles, l'abolition de la vénalité des charges. Ajoutons que la réforme mise par Colbert sous la responsabilité de l'impulsion royale froissait, en France, et surtout dans le monde judiciaire, trop de préjugés et d'intérêts pour être acceptée sans résistance. Colbert désigna au roi une commission de conseillers d'État et de maîtres des requêtes qui devaient travailler à la refonte des vieilles lois, en restreignant leur révision dans des limites assez restreintes. Le ministre dirigea cette commission en lui donnant pour président son oncle Pussort, homme intelligent et laborieux.

Aucun membre du parlement, sans en excepter le premier président de Lamoignon, ne fut appelé à prendre part aux conférences de ce comité. M. de La-

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moignon s'étonna de cet oubli calculé et obtint de Louis XIV d'être admis dans le sein de la commission. Nonobstant l'intervention de ce magistrat dans le travail de réforme, il se trouva, parmi ses collègues, nombre de membres qui protestèrent contre la réforme de la procédure civile et la réorganisation des cours de justice. On eut beaucoup de peine à calmer l'irritation d'une cinquième cbambre des enquêtes dont on agitait la suppression. Les obstacles sont de tous les temps, parce qu'ils sont l'expression de l'intérêt personnel en lutte avec l'intérêt public.

Le gouvernement eut besoin , pour faire enregistrer l'ordonnance qui consacrait les réformes judiciaires, de l'appareil imposant d'une séance royale. La majorité du parlement de Paris, livrée à ses propres instincts, aurait été bostile à cet édit; intimidée par la présence du roi, elle se résigna, et adopta en silence les conclusions par trop louangeuses de l'avocat général Talon. Les magistrats s'en prirent à ce dernier, n'osant se plaindre de ceux dont il suivait les inspirations, a Ils disoient assez bault, écrit d'Ormesson, qu'il falloit le chasser à coups de pieds de la compagnie, qu'il desbonoroitet ruinoit par cette conduite basse. » Quoi qu'il en soit, et malgré ces résistances, la publication de l'ordonnance pour la réformation de la justice civile fut consacrée par une médaille ; elle représentait le roi tenant des balances en présence de la Justice et portait cette inscription : Jdstitias judicanti, au Juge des juges.

Les parlements, vaincus dans les luttes de la Fronde et menacés comme des esclaves par un roi armé du

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