DÉCHÉANCE DES PARLEMENTS
fouet, avaient compris qu'il fallait, sinon abdiquer, du moins ajourner à des temps moins amers leurs prétentions au gouvernement politique de la France.
Louis XIV avait d'abord laissé aux cours de justice un droit presque chimérique de remontrance $ sous l'empire de l'ordonnance de 1667 les parlements furent admis à présenter quelques doléances au pied du trône ; mais cette ombre de liberté ne tarda pas à déplaire, au roi, et, au bout de quelques années (1), profitant de la terreur que ses armes répandaient au dehors pour asseoir plus nettement à l'intérieur son autorité despotique, il ordonna que ses lois fussent enregistrées purement et simplement, sans modification, sans restriction, sans clause qui en pût ralentir ou empêcher la pleine et entière exécution. L'édit qui anéantissait ainsi toute résistance sérieuse permettait néanmoins aux parlements de consigner, sur les registres destinés à recevoir l'inscription des lois et ordonnances, des observations qu'il était facultatif au roi de dédaigner. C'était toujours le despotisme, mais cherchant encore à s'entourer de lumières et à se fortifier par des conseils. On est réduit à lui en savoir gré, puisqu'il aurait pu agir par caprice et par les seules raisons du bon plaisir.
Les parlements, s'ils n'allèrent pas au-devant de leur déchéance, s'y résignèrent avec une silencieuse dignité. La justice gagnaà cette pacification politique; les corps judiciaires, n'étant plus distraits par les querelles de l'accomplissement de leurs devoirs réguliers,
(1) L»a4 février 1673.
se consacrèrent avec un zèle louable à interpréter la loi. Louis XIV, par un instinct de grandeur et d'ordre qui ne lui fit point défaut, les maintint dans cette voie en les entourant désormais de considération et d'égards.
Les parlements perdirent ainsi , pour en ressaisir quelques lambeaux à la mort de Louis XIV, ces prérogatives gouvernementales dont ils avaient été quelquefois investis par la seule force du fait ; ils gardèrent, même sous le joug, les apparences de la dignité, se considérant comme une puissance vaincue, et non comme des usurpateurs dégradés. La manie d'exercer la police générale ne les abandonna jamais , en dépit de leur déchéance ; ne pouvant dominer le trône, ils ne cessèrent d'aspirer par tous les moyens au rôle moins flatteur, mais plus méritoire aux yeux de Louis XIV, de lui servir de sentinelle et d'appui. Quand ils n'osèrent plus revendiquer les droits du pays et se poser comme les héritiers des trois ordres, ils singèrent Denys le Jeune, maître d'école après avoir été roi, et se mirent à garantir le pouvoir royal des prétendus envahissements du clergé. Leur lutte contre Rome fut empreinte d'un esprit tracassier et donna lieu à une série de chicanes que nous nous réservons d'indiquer ailleurs. Quoi qu'il en soit de cette faute, que nous devons justement flétrir, et de tout ce qu'il y eut d'étroit et de mesquin dans les antécédents politiques de cette magistrature, l'histoire ne saurait se montrer injuste à ce point qu'elle méconnaisse ce qu'il y eut souvent de courageux et de noble dans la conduite des parlements, et en particulier du